L'Arbre Sacré

Entre Ciel et Terre...
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3, 4  Suivant
AuteurMessage
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Ven 28 Sep - 18:25

Découverte au tout début des années 80, à la charnière entre l'enfance et le début de l'adolescence, la série en bandes dessinées Thorgal a marqué toute mon adolescence et ma jeunesse.







J'admirais les qualités de ce héros, comme un modèle idéal inaccessible, un guerrier invincible mais qui cherche et défend l'amour et la paix, un homme courageux, brave, droit, loyal, fidèle, honnête, juste, prudent, modeste, habile, etc. (la liste est longue !) en toutes circonstances.
Ses faiblesses s'incarnent plutôt dans les autres personnages de la saga, comme par exemple sa femme Aaricia. Mais il s'agit de ses propres faiblesses projetées à l'extérieur, ainsi son anima avec cet exemple.







Car le destin de Thorgal est loin d'être simple.
Au contraire, il ne peut trouver le repos, la paix, l'amour, car il est sans cesse le jouet des dieux. Il connait des épreuves à la hauteur de ses capacités, des épreuves extrêmement dures, dont il sort certes toujours victorieux, mais pour mieux tomber sur une autre épreuve. Il ne comprend pas pourquoi le destin s'acharne sur lui de la sorte, et se pose toutes sortes de questions.
Dès son enfance, bien qu'irréprochable, il est sans cesse objet du rejet, du mépris, des complots, car il est perçu comme différent, et bien souvent jalousé.







Il cherche donc à échapper à son destin, à fuir la violence et la cruauté des hommes, à vivre isolé avec les siens dans la paix et l'amour, sans jamais y parvenir.
Il ne cherche pas du tout le pouvoir, ne veut ni avoir un pouvoir sur les autres, ni que les autres aient un pouvoir sur lui.







Il n'est donc pas seulement victime de sa propre puissance, mais aussi de son refus à reconnaître sa différence, et l'étendue de ses capacités. En vérité, il est bel et bien un étranger en ce monde, car il vient des étoiles, mais n'en a pas conscience.
Son fils, Jolan, hérite des pouvoirs du peuple dont il vient (les Atlantes, même s'ils ne sont pas nommés), apprend à les maîtriser.
Cet enfant magicien peut représenter un renouveau capable de transformer la situation, transmuter les éléments négatifs en positif.







Je me suis beaucoup intéressé, ces derniers temps, à l'interprétation, à la manière de Jung et des jungiens, des rêves, des contes, mythes, légendes, des oeuvres d'art, images, chansons, et toutes autres créations qui sont en réalité inspirées par l'inconscient, en particulier l'inconscient collectif, et permettent d'accéder à une conscience profonde de la nature humaine, de l'âme, et de l'âme du monde.


En particulier ces ouvrages m'ont aidé à prendre conscience de tout ça, mis en regard de mon expérience :



(Et une dizaine d'autres ouvrages du même auteur sur le sujet.)








Je vais donc tenter, album par album, une analyse des aventures de Thorgal permettant d'explorer et éclairer la psyché humaine, à la manière de la psychologie des profondeurs jungienne pour les rêves et les contes de fées.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Ven 28 Sep - 19:20

LA MAGICIENNE TRAHIE


La Magicienne Trahie est le premier épisode des aventures de Thorgal, d'abord parues dans le Journal de Tintin etn 1977, puis en album en 1980, accompagné d'une autre histoire, "Presque le Paradis...".









Résumé de l'histoire

Thorgal est attaché à l'anneau des sacrifiés, à un rocher dans la mer, qui monte.
Le roi Gandalf, surnommé Gandalf-le-Fou, l'a condamné à mort car il a le tort d'aimer sa fille, Aaricia, et d'être aimé par elle.
Sur le navire, où retourne Gandalf, la princesse ne peut qu'assister, impuissante, au supplice de son bien-aimé. Le drakkar s'éloigne, les deux amoureux sont séparés, mais pensent l'un à l'autre.

Thorgal est en colère, crie vengeance, et en appelle au dieu Odin.
Une femme aux cheveux de feu, avec un bandeau lui cachant un oeil, accompagnée d'un loup, surgit alors de nulle part.
Elle lui propose de le libérer, à condition qu'il reste à son service pendant un an. Il accepte, de mauvaise grâce.

Ils s'éloignent de la mer et se dirigent dans les montagnes. La mystérieuse femme lui impose une mission : aller prendre un coffret d'argent qui se trouve dans une tour, en haut d'une montagne, protégée par deux gardiens, deux frères, un géant et un nain.
Le géant a une force colossale, mais Thorgal arrive à le vaincre par la ruse et l'habileté.
Il pénètre dans la tour mais le nain l'emprisonne dans une prison magique qui l'étouffe. Le loup de la femme surgit alors et attaque le nain, délivrant Thorgal. Celui-ci revient avec le coffret.
Il contient les anneaux de Freyr.

Au village où vivait Thorgal, où règne le roi Gandalf, une fête est organisée. Le jeu consiste à dompter un cheval. Mais tout le monde perd et doit donner des cadeaux au roi, prix de l'enjeu. Il s'agit de Fural, le cheval de Thorgal, que lui seul peut monter.
Un vieux mendiant arrive et se propose d'essayer. Il s'agit de Thorgal déguisé. Il blesse son cheval pour que celui-ci le renverse.
Thorgal donne alors un anneau à Gandalf. L'anneau se referme sur le bras du vieux roi. La femme arrive, avec l'autre anneau, qui lui permet de contrôler le roi.
Elle et Thorgal s'éloignent du village avec leur prisonnier.

Sur le chemin, dans la montagne, ils sont assaillis par les Baalds, un peuple sauvage, qui avait été persécuté par les Vikings de Gandalf. Profitant du combat, le roi parvient à s'échapper et à se libérer du bracelet.

Ils finissent par le retrouver, caché dans une grotte au bord de la mer, agonisant, sa fille, Aaricia, s'occupant de lui.
Thorgal refuse de l'achever, mais la femme aux cheveux roux veut le faire elle-même.
Elle apprend alors son histoire. Elle a été capturée par le roi Gandalf et est restée prisonnière d'une tour pendant 10 ans, refusant de l'épouser. Elle finit par s'échapper, au prix de la perte d'un oeil.
Gandalf voulait s'unir à elle afin de mettre la main sur les richesses de l'île des mers gelées, dont elle est la reine.
Son nom est Slive la Magicienne.

Thorgal rompt son engagement, refuse de se mettre plus longtemps au service de la reine et de sa soif de vengeance. Celle-ci repart alors dans son royaume sur un navire de glace.





Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Ven 28 Sep - 21:35

Interprétation


Kutnahorum a écrit:

Thorgal est attaché à l'anneau des sacrifiés, à un rocher dans la mer, qui monte.
Le roi Gandalf, surnommé Gandalf-le-Fou, l'a condamné à mort car il a le tort d'aimer sa fille, Aaricia, et d'être aimé par elle.
La conscience collective (le royaume) est dominée exclusivement par le masculin (le roi).
C'est un thème classique dans les contes de fée, la situation initiale est celle d'un déséquilibre au sein du royaume.
Mais de surcroît il s'agit d'un roi fou. La folie s'est emparée de la conscience.
En effet, Gandalf est brutal, colérique, cruel, avide. Surtout, il est coupé du principe féminin, en particulier de l'éros : la relation, le sentiment, l'amour.

C'est un roi vieillissant, qui a peur d'être remplacé. Son temps est à présent révolu. La magicienne souligne d'ailleurs, plus tard, deux fois, qu'il a autrefois été brave. Mais cette qualité masculine, positive, est devenue négative. Et il manque surtout le féminin à la conscience collective. Les habitants du royaume, les Vikings, ne sont plus que des pirates : ils ne sont pas dans le don ou dans l'échange, ne font que prendre, l'énergie ne circule pas. Car le royaume, du fait de cette absence du féminin, manque d'énergie.

Le thème du vieux roi qui doit être remplacé est courant également, et correspond à une réalité historique. Chez certaines peuplades anciennes, le roi était sacrifié quand il n'était plus efficace : on le tuait pour le remplacer par un autre, c'était une procédure acceptée. Car de la prospérité (psychique) du roi dépendait la prospérité du royaume.

Le roi s'oppose au renouveau que représente le héros, Thorgal, et plus précisément son union avec Aaricia, sa fille.
Selon lui, Thorgal est un bâtard. C'est un étranger, dont la place n'est pas légitime. Pourtant, il apporterait du sang neuf. Mais le roi ne le veut pas.
Au lieu de cela, sans doute pour apaiser les dieux, pour que le royaume redevienne prospère et dynamique, il fait un sacrifice. Ne voulant pas laisser sa place, se sacrifier lui-même au bénéfice de son royaume, le roi sacrifie une victime expiatoire, un bouc émissaire, qui est précisément le héros, les forces vives.
Le sens de l'anneau des sacrifiés s'éclaire alors, car il s'agit bien d'un sacrifice, au-delà d'un acte anodin motivé par la colère ou la peur.

Gandalf offre, plus précisément, Thorgal à la mer.
La mer est aussi la mère, l'archétype de la Mère, la Terre-Mère, Mère Nature. Ici, il s'agit de la matrice dont nous venons tous. Et, sur le plan psychique, l'inconscient collectif indifférencié. Dont nous devons nous extirper, nous différencier, afin de devenir nous-même, qui nous sommes vraiment au fond.
Le roi empêche la réalisation de ce processus d'individuation. Il veut que la conscience ne sorte jamais du chaos originel, des énergies primitives.
La mer représente le féminin, dont le royaume, à travers le roi, est coupé. Au lieu de se relier à ces énergies féminines, de les accepter, il leur offre un sacrifice. La mer/mère, ici, n'est pas celle qui donne la vie, mais celle qui la reprend. Pas celle qui engendre et est nourricière, mais celle qui engloutit.

Thorgal est surnommé Aegirsson. Cela signifie "fils d'Aegir", le dieu de la mer. Aegir est un géant qui dort au fond de la mer. On pourrait dire qu'il symbolise chez Thorgal une puissance endormie, un potentiel démesuré dont il n'a pas conscience.
Thorgal vient de la mer. Il n'a pas d'identité, il est attaché à la matrice, à l'inconscient collectif indifférencié. Du moins le croit-on et le croit-il.
Car Thorgal ne connait pas son origine, ne connait pas sa nature, ne connait pas l'étendue de ses capacités. Il ne se connait pas. Il s'ignore. Il est donc ignoré, rejeté (à la mer).
Et c'est bien là le problème : ce problème d'identité, autant que son potentiel immense, le mène d'épreuve en épreuve, sans relâche, afin de le révéler à lui-même en l'obligeant à donner la pleine mesure de ses capacités pour vaincre l’adversité, et de découvrir peu à peu son identité profonde.
Cela n'explique-t-il pas, de la même façon, tous les malheurs ou tous les épreuves de la vie que connait chaque être humain ?




Cependant, l'autre versant de l'identité de Thorgal est son affiliation avec le dieu Thor, d'où dérive son prénom.
Fils d'Odin, Thor est le guerrier par excellence. Armé de son marteau-tonnerre, il combat sans relâche les forces du chaos tels que les trolls et les géants.
Dieu de la foudre, il apporte la lumière dans l'obscurité ; dieu de l'orage, il incarne la fertilité.
Thor représente donc des qualités masculines positives, mais unilatérales et poussées à leur paroxysme, presque jusqu'à la caricature. Il lui manque des qualités féminines.







Kutnahorum a écrit:
Sur le navire, où retourne Gandalf, la princesse ne peut qu'assister, impuissante, au supplice de son bien-aimé. Le drakkar s'éloigne, les deux amoureux sont séparés, mais pensent l'un à l'autre.
L'union entre le masculin et le féminin (Thorgal et Aaricia), qui rendrait l'être plus complet, ne peut avoir lieu, le moi conscient (le roi Gandalf) s'y oppose, car il veut garder le pouvoir, même si ce pouvoir est négatif (violence).
Mais en luttant contre le courant de la vie, contre l'ordre des choses (le renouvellement, l'accomplissement), en résistant, en s'y opposant, de manière égotique et violente, le roi ne fait que préparer sa propre chute, qui est de toute façon nécessaire.

C'est un complexe maternel négatif (symbolisé par la mer), dont sont prisonniers à la fois Gandalf et sa fille Aaricia, ainsi que Thorgal, qui empêche l'union. D'ailleurs, de fait, Aaricia a perdu sa mère (Gandalf est veuf), Thorgal ne connait pas la sienne.
C'est également un complexe paternel négatif : le roi veut garder sa fille pour lui seul.

Mais il semble exister un fort lien invisible entre Thorgal et Aaricia, par leur amour, qui résiste à la séparation.



Kutnahorum a écrit:
Thorgal est en colère, crie vengeance, et en appelle au dieu Odin.
Une femme aux cheveux de feu, avec un bandeau lui cachant un oeil, accompagnée d'un loup, surgit alors de nulle part.
Elle lui propose de le libérer, à condition qu'il reste à son service pendant un an. Il accepte, de mauvaise grâce.
Tout semble perdu, le héros est sur le point de mourir. L'être que représente cet ensemble de personnages risque alors de stagner dans les problématiques dans lesquelles il s'est enfermé.

Mais c'est sans compter sur les surprises de la vie, qui vont toujours dans le bon sens, en dépit des apparences.
Thorgal, animé d'une juste colère, crie vengeance, en appelant au dieu Odin.
En réalité, il ne veut pas se venger de Gandalf, mais sait au fond de lui que son destin n'est pas accompli, que les choses ne peuvent pas se dérouler comme ça. C'est l'énergie de sa colère qui appelle, par une synchronicité, sa libération, sous la forme d'une femme. Elle est comme un envoyé d'Odin, qu'il a invoqué, ou plutôt des aspects de la vie que représente Odin.

Créateur du monde, Odin est le dieu principal de la mythologie nordique. Il accueille notamment les guerriers morts au combat dans son palais. Il préside également à la chance, à la victoire.
Odin serait le représentant nordique d'un dieu-loup indo-européen, extrêmement ancien, dont la caractéristique principale est originellement d'être le chef mythique et l'incarnation du compagnonnage guerrier dont la chasse sauvage est le parangon.

Or, la magicienne arrive, accompagnée précisément d'un loup. Et comme Odin, elle est borgne.
Cela peut symboliser son semi-aveuglement, car elle est animée par la colère et la soif de vengeance (tout comme Thorgal mais pas du tout de la même façon). Ses cheveux sont couleur feu.
Elle a pu également perdre en partie l'usage de la vue, la capacité à voir la réalité, en faveur d'une vision intérieure.
Odin est le dieu de la fureur (guerrière) tout comme le dieu de la sagesse et de la prophétie.

Le loup symbolise la sauvagerie, c'est aussi un symbole solaire, le héros guerrier et l'ancêtre mythique par excellence. C'est également celui qui dévore et, à l'instar du loup Fenrir, qui garde le passage vers l'autre monde et permet la fin du monde, le passage à un nouveau cycle.
On peut dire qu'il permet un passage, une transformation, il dévore les tendances anciennes devenues inutiles et nocives en nouvelles tendances.





Le principe féminin, qui manque à la conscience collective, s'impose donc au héros, sous la forme de la magicienne. Un renouvellement, brutal, est également annoncé, sous la forme du loup.
Thorgal ne perd pas la vie, mais au prix d'un an de sa vie. La croissance de l'être n'est pas interrompue, mais retardée.
Sur le plan psychique, on peut dire que l'être est esclave du principe féminin, à défaut d'avoir su l'accepter et l'intégrer. Plus précisément, cela peut symboliser au niveau psychologique la soumission à une femme autoritaire.



Kutnahorum a écrit:
Ils s'éloignent de la mer et se dirigent dans les montagnes. La mystérieuse femme lui impose une mission : aller prendre un coffret d'argent qui se trouve dans une tour, en haut d'une montagne, protégée par deux gardiens, deux frères, un géant et un nain.
Le géant a une force colossale, mais Thorgal arrive à le vaincre par la ruse et l'habileté.
Il pénètre dans la tour mais le nain l'emprisonne dans une prison magique qui l'étouffe. Le loup de la femme surgit alors et attaque le nain, délivrant Thorgal. Celui-ci revient avec le coffret.
Il contient les anneaux de Freyr.
C'est la première épreuve, initiatique, que connaît Thorgal, dans son service envers la reine Slive.

La montagne, sortant de la Terre-Mère, va à la rencontre du Ciel, et d'un principe masculin, plus abstrait. La tour, symbole phallique et montant vers le ciel, accentue ces impressions.

En réalité, la reine, incarnant un principe féminin rendu négatif par la souffrance, veut s'approprier quelque chose en elle (le coffret), une puissance de type masculin.
Le géant et le nain représentent des tendances négatives en elle, des instincts masculins. Tous deux ont d'ailleurs de longs cheveux de couleur feu, tout comme elle.
Il est dit plus loin que la tour garde l'entrée du royaume glacé du Niflhel. C'est un enfer glacial et sombre où vivent les morts. Il peut symboliser chez Slive son manque de chaleur, d'amour, sa solitude.

Slive n'ose pas se confronter à son ombre, elle a peur de se regarder elle-même, de se connaitre, elle envoie donc Thorgal pour ce faire.
Thorgal, quant à lui, symbolise des tendances viriles positives en elle.

Le géant correspond à la force brute, la violence, l'appétit de destruction.
Le nain, petit et difforme, correspond à un esprit rabougri, étroit, mesquin, et à la ruse et la fourberie. Il incarne également la dimension magique de la reine, la manipulation et le contrôle d'énergies extérieures à elle pour arriver à ses propres fins.

Finalement, Slive et Gandalf se ressemblent.
Slive est le reflet de l'anima (partie féminine inconsciente) de Gandalf, tout comme Gandalf est le reflet de l'animus (partie masculine inconsciente) de Slive. Dans ces cas là, la confrontation produit soit la fascination, soit la haine et la rivalité. Ou les deux...

Comprenant que face à la force brute, sa force, inférieure, ne lui permettra pas de vaincre le géant, Thorgal parvient à le vaincre grâce à son habileté et à sa ruse (ici dans sa version positive). Contre des caractéristiques masculines extrêmes et caricaturales (symbolisées par le géant), Thorgal utilise, avec succès, des caractéristiques masculines positives.

Quant au nain, Thorgal, un peu naïf, tombe dans son piège. Il est sauvé par le loup qui symbolise ses instincts, sa partie naturelle et animale, qui peut sauver contre l'intellect calculateur.

Freyr est le dieu de la prospérité et de la fécondité, parfois représenté avec un phallus en érection. Ce qui nous confirme l'interprétation de la tour.
En s'emparant de ces anneaux, de ces bracelets d'or, Slive veut activer des vertus masculines positives en elle. Mais elle va les utiliser de manière négative.
Freyr appartient à la dynastie des Vanes, à laquelle la dynastie des Ases, celle d'Odin, a succédé. Il est le frère de Freyja, déesse de l'amour, épouse d'Odin. Beau-frère d'Odin, plus ancien que lui, Freyr représente donc son complément. Tout comme sa soeur, il incarne l'éros, tandis qu'Odin, pour Slive, représente la puissance virile destructrice.







Kutnahorum a écrit:
Au village où vivait Thorgal, où règne le roi Gandalf, une fête est organisée. Le jeu consiste à dompter un cheval. Mais tout le monde perd et doit donner des cadeaux au roi, prix de l'enjeu. Il s'agit de Fural, le cheval de Thorgal, que lui seul peut monter.
Un vieux mendiant arrive et se propose d'essayer. Il s'agit de Thorgal déguisé. Il blesse son cheval pour que celui-ci le renverse.
Thorgal donne alors un anneau à Gandalf. L'anneau se referme sur le bras du vieux roi. La femme arrive, avec l'autre anneau, qui lui permet de contrôler le roi.
Elle et Thorgal s'éloignent du village avec leur prisonnier.
La fête en question est celle du Joll qui, comme par hasard, est dédiée à Odin, qu'il partage avec le dieu Ull, divinité de la chasse et du tir à l'arc (Thorgal apparaîtra plus tard comme un excellent archer).
Elle avait lieu le 21 décembre, jour du solstice d'hiver. C'est donc le moment où les jours, qui diminuaient, commence à augmenter. C'est une victoire du soleil sur la nuit, de la lumière sur les ténèbres. Là où la vérité peut éclater au grand jour (Thorgal, déguisé, dévoile qui il est, s'affirme).

Il n'est pas anodin que Thorgal arrive au village sous une des formes qu'emprunte Odin. En effet, ce dernier, identifié à Mercure (ou Hermès), se déguisait souvent en vagabond, en vieillard errant, pour voyager parmi les hommes. Sa célèbre lance, attribut viril, devenait bâton, le guerrier se mutait en sage.
Odin, appelé Wotan dans les pays germaniques, apparaît souvent sous cette forme dans les contes de fées, sans en général être nommé.
En outre, le dieu est connu dans la mythologie nordique pour son cheval fabuleux, Sleipnir, auquel Fural, le cheval de Thorgal, fait écho.





Là encore, c'est la ruse qui l'emporte sur la force. Le roi Gandalf est victime de sa propre cupidité.
On comprend alors le sens des anneaux de Freyr. Ces artefacts magiques permettent à la reine Slive de contrôler le roi. Le principe féminin négatif (la reine), renforcé par un principe masculin négatif, contrôle le moi conscient (le roi) prisonnier de son propre principe masculin négatif.
Pour n'avoir pas voulu se relier à l'éros de manière positive (par l'amour), le roi est esclave de l'éros sous sa forme négative (les bracelets, qui manipulent, contrôlent). L'anneau est en effet symbole d'union, et de pouvoir. Ici sous un jour négatif.
L'anneau de Freyr apparaît comme le pendant de l'anneau des sacrifiés du début de l'histoire.



Kutnahorum a écrit:
Sur le chemin, dans la montagne, ils sont assaillis par les Baalds, un peuple sauvage, qui avait été persécuté par les Vikings de Gandalf. Profitant du combat, le roi parvient à s'échapper et à se libérer du bracelet.
Ce peuple sauvage, sans doute plus ancien que les Vikings, incarne la propre sauvagerie des Vikings et de leur roi Gandalf. Au lieu de la regarder en eux et de la corriger, ils la projettent sur l'extérieur, et persécutent ceux qui l'incarnent, comme des boucs-émissaires.
Cette sauvagerie a été refoulée de la conscience dans l'inconscient (les Baalds ont été repoussés dans les montagnes désertiques), elle est donc omniprésente chez les Vikings à l'état latent, et surgit par moments sans prévenir, de manière d'autant plus brutale et incontrôlable qu'elle est inconsciente et indésirée.

Les Baalds sont vêtus de peaux de loups, qui rappellent Odin le loup et le loup de la reine. Il semblent donc participer, malgré eux et malgré les apparences, de ce renouvellement en faveur du héros et au détriment du vieux roi, comme le suggérait déjà le loup de la magicienne dans sa symbolique.

Victime de son propre orgueil (sa colère, sa soif de vengeance et de domination), comme le dit l'homme sauvage qui lui lance une pierre, Slive est assommée. Cela peut symboliser son inconscience : elle perd la tête.
Cela permet à Gandalf de s'échapper. Il veut même tuer la magicienne, mais son loup l'en empêche. La reine est sauvée par ses propres instincts naturels, symbolisés par cet animal.

Thorgal, lui, est également assommé, par le roi. Il est lui aussi victime de son inconscience, non pas l'aveuglement haineux de Slive, mais sa naïveté. Il croit en effet que Gandalf ne peut être lâche à ce point.

Ce sont précisément les instincts naturels, ici sous une forme négative, qui ont raison de Gandalf : son cheval, volé à Slive, est dévoré par les loups, qui le blessent également. Il est blessé par ses propres appétits de possession et de destruction (dévorer), comme un juste retour des choses.
En outre, les loups (en lui, donc) dévorent ses propres instincts, s'exprimant négativement. Ils dévorent le cheval, symbole des pulsions et des désirs (s'enfuir), le blessent et le poussent donc à être rattrapé. En vérité, rattrapé par son propre destin.
Les apparences matérielles de l'extérieur ne sont que le reflet de l'intérieur de l'être, et un instrument au service de sa croissance, y compris par la souffrance.


Kutnahorum a écrit:
Ils finissent par le retrouver, caché dans une grotte au bord de la mer, agonisant, sa fille, Aaricia, s'occupant de lui.
C'est cette fois le principe féminin, plus précisément maternel, positif, qui sauve Gandalf.
Il se trouve entre terre et mer, dans une grotte, au bord de la mer. La caverne, dans les entrailles de la Terre-Mère, rappelle le ventre maternel. Les eaux de la mer le protègent des loups.
C'est cette fois une Mère Nature qui soigne, et non qui engloutit, qui est représentée ici.
Elle s'incarne, plus concrètement, par sa fille Aaricia qui s'occupe de lui. L'amour de sa fille le sauve.

Toutefois, le vieux roi est à nouveau aux prises avec le principe féminin négatif, incarné par Slive, mais qui en réalité vit aussi en lui.



Kutnahorum a écrit:
Thorgal refuse de l'achever, mais la femme aux cheveux roux veut le faire elle-même.
Elle apprend alors son histoire. Elle a été capturée par le roi Gandalf et est restée prisonnière d'une tour pendant 10 ans, refusant de l'épouser. Elle finit par s'échapper, au prix de la perte d'un oeil.
Gandalf voulait s'unir à elle afin de mettre la main sur les richesses de l'île des mers gelées, dont elle est la reine.
Son nom est Slive la Magicienne.
L'histoire de la reine confirme la cupidité, la lâcheté, la soif de possession et de domination du roi Gandalf, et de son peuple.
Il n'a pas voulu épouser la reine Slive par amour, mais pour s'emparer de ses richesses.
Les richesses de l'inconscient, qui se trouvent au-delà, au-delà de la mer gelée, symbolisant le manque de chaleur et d'amour dans la relation, sur une île qui représente bien l'isolement, l'abandon, la solitude.
Le principe masculin, dominant, a en effet perdu contact avec le principe féminin, et est donc devenu négatif. En voulant le retrouver par la force et non par l'amour, il a même rendu ce principe féminin (la reine) négatif lui aussi.

La tour où a été emprisonnée la reine est un symbole phallique. Elle est nommée tour basse, car le roi est vieillissant, bien moins viril qu'avant.
Elle est y est restée prisonnière neuf ans, et s'est échappée la dixième année. Le chiffre neuf représente le temps nécessaire pour le passage d'un cycle à un autre, plus bénéfique. Le dix correspond à un cycle ordinaire.

Tout comme Odin, la reine a perdu un oeil, elle est borgne. Le dieu l'aurait échangé contre la connaissance. On peut ici considérer, pour la reine, qu'il s'agit de l'expérience. Une expérience très douloureuse pour elle, mais qui a dû lui laisser le loisir et le temps, en neuf ans, de réfléchir. Et qui sort plus forte de cette épreuve.



Kutnahorum a écrit:
Thorgal rompt son engagement, refuse de se mettre plus longtemps au service de la reine et de sa soif de vengeance. Celle-ci repart alors dans son royaume sur un navire de glace.
Thorgal ne veut pas renverser l'ordre établi, dominé par un masculin négatif, en le détruisant lui-même ou en laissant le principe féminin négatif le faire. Il sait au fond de lui que c'est à la vie de faire son oeuvre, le temps voulu. Thorgal est quelqu'un qui assume ses choix, mais ne veut pas interférer avec la vie des autres, qu'il laisse libres de leurs propres choix.

La reine repart alors de l'autre côté de la mer, sur l'île où elle règne.
Le féminin retourne dans l'inconscient, pour y être transformé.

Thorgal, quant à lui, incarnant le principe masculin positif, préfère l'amour et la paix à la haine et la violence. Il choisit de vivre avec Aaricia, la princesse, qui incarne aussi son anima, sa partie féminine intérieure.




Thorgal, lors de ce premier épisode, s'est révélé à lui-même.
Il a remporté trois épreuves initiatiques : la tour, la fête, le combat contre les sauvages.
En vérité, il y a une quatrième épreuve, qui marque le dénouement de l'histoire : Thorgal n'achève pas le roi, par amour pour sa fille, et préfère trahir son engagement envers la reine plutôt que de donner la mort.
Dans les contes de fées, il y a également très souvent trois épreuves pour le héros, puis une quatrième qui est l'aboutissement de l'histoire.
Cette structure ternaire est très courante et rappelle les trois étapes de l'achimie : l'oeuvre au noir, l'oeuvre au blanc et l'oeuvre au rouge.

Il est possible qu'il ait eu tort d'épargner le vieux roi. Car cela va grandement lui compliquer la vie, comme le montreront les épisodes suivants. En outre, Gandalf lui-même demandait à être achevé, ce qui montre bien qu'il savait que son temps était venu.
Mais tout est bien, et, quel que soit le choix, la vie poursuit son cours et amène là où elle doit amener.

Le héros n'a pas encore épousé la princesse car l'être n'est pas encore prêt à vivre une vie sereine, qui ne lui permettrait pas de grandir mais risquerait de le faire s'enfoncer dans une routine mortifère.
Il doit avant cela s'accomplir, en vivant des épreuves, en surmontant en réalité des problématiques en lui, qui apparaissent à l'extérieur, chez les autres, dans les événements vécus.

Si cette histoire, comme la plupart des aventures de Thorgal, présente de nombreux points communs avec les contes de fées, dans sa structure, son déroulement, ses personnages archétypiques et ses symboles (malgré bien sûr le traitement particulièrement original, inventif et personnel), il n'en est pas de même pour son dénouement, qui reste ouvert.
Le héros et la princesse ne se marient pas, ne vivent pas heureux avec beaucoup d'enfants... du moins le champ des possibilités semble vaste au moment où s'achève le récit, la fin n'est pas fermée et définitive...


Dernière édition par Kutnahorum le Mar 2 Oct - 21:29, édité 2 fois (Raison : Faute d'orthographe)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Lun 1 Oct - 18:20

Presque le Paradis...



Après La Magicienne Trahie, voici donc l'analyse de la seconde histoire, qui forme la suite de ce premier album des aventures de Thorgal : "Presque le Paradis".



Résumé de l'histoire


Thorgal, à cheval, est égaré dans les montagnes du Nord, errant dans une forêt enneigée peuplée d'êtres maléfiques.
Il est poursuivi par une meute de loups, tente de sortir de la forêt, mais les loups l'attaquent et son cheval, qui panique, le fait tomber au fond d'un gouffre.

Il se réveille, accueilli par deux belles jeunes femmes. Il se trouve dans un jardin paradisiaque sous terre.
Il se croit mort, arrivé au Valhalla, mais est vivant : son cheval a amorti sa chute, s'écrasant sous lui. Il a en fait dormi pendant un an.

Ces femmes veulent le garder comme époux, dans ce monde totalement isolé, mais protégé et paradisiaque, et où le temps s'écoule 10 fois moins vite, garantissant une quasi-immortalité. Il serait à l'abri du froid, des guerres, de la vieillesse, de la faim, de la peur, vivant heureux pendant des siècles.
Mais il refuse car il a soif de liberté, peu importe le prix à payer, et perçoit ce lieu comme une prison.

Ces deux femmes ont une soeur, une jeune adolescente, qui le soir s'approche de Thorgal en cachette et lui propose de s'évader avec elle, en compagnie de son chat. Elle lui apprend que ses soeurs sont des sorcières qui lui ont menti et veulent le réduire en esclavage.

Au petit matin, ils tentent tous trois de s'échapper de ce jardin souterrain.
Les soeurs de la jeune fille, s'apercevant de leur départ, la préviennent pourtant que le temps la rattrapera.
Ils remontent un cours d'eau ; traversent des grottes baignées de vapeur d'eau ; remontent un puits naturel, très lisse d'où suinte de l'eau ; traversent un labyrinthe de glace.
A ce stade, ils se perdent , et l'adolescente est prise de délire. Thorgal blesse alors son chat, qui s'enfuit en courant, et ils le suivent.
Ils finissent par atteindre la sortie vers l'extérieur, la nuit tombe.

Ils dorment dehors, et au petit matin Thorgal trouve la jeune fille morte à ses côtés, sous la forme d'une très vieille femme.





Dernière édition par Kutnahorum le Lun 1 Oct - 20:31, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Lun 1 Oct - 20:01

Interprétation



Kutnahorum a écrit:

Thorgal, à cheval, est égaré dans les montagnes du Nord, errant dans une forêt enneigée peuplée d'êtres maléfiques.
La situation réelle initiale reflète bien la situation psychique, au niveau de la conscience individuelle (le héros) et de la conscience collective (le royaume).
L'hiver règne, le froid s'est abattu sur tout, tout est enneigé. Les énergies sont gelées. La chaleur de l'éros, de la relation, est absente.

Mais ce n'est pas tout, une menace pèse, symbolisée par des énergies inconnues donc venant de l'inconscient : les êtres maléfiques, esprits, nains, elfes et démons.
La forêt elle-même symbolise l'inconscient, où se trouvent les ressources comme les dangers, toujours mystérieux.
Notons que c'est la seule et unique fois que les aventures de Thorgal sont datées : l'an mille. Or, dans l'imaginaire collectif, il s'agit d'une date qui évoque la terreur de la fin du monde.

C'est bel et bien la partie sombre, l'ombre, qui domine, inquiétante et menaçante. L'ombre est cette partie de nous cachée, énigmatique, qui ne se manifeste de manière négative que parce que nous l'ignorons ou la rejetons.
Thorgal est perdu, ce qui correspond à une perte de repères et à une peur, sur le plan de la conscience.
Il s'en remet alors, à défaut de sa conscience, à ses instincts animaux, symbolisés par son cheval. Il lui dit même "tu as senti quelque chose ?".



Kutnahorum a écrit:
Il est poursuivi par une meute de loups, tente de sortir de la forêt, mais les loups l'attaquent et son cheval, qui panique, le fait tomber au fond d'un gouffre.
Mais les instincts, délaissés par une conscience sous l'emprise de la peur, ne peuvent qu'égarer.
C'est donc un danger qui se présente, sous la forme des loups. Ils ne font finalement que matérialiser la peur qui domine la conscience, qui risque de la dévorer.
Le héros veut sortir de la forêt, donc échapper à l'inconscient. Mais cette fuite est impossible. Ce n'est que reculer pour mieux sauter.
De fait, lorsque Thorgal croit avoir échappé aux loups, le cheval (donc les instincts) saute par-dessus un précipice. Mais, sa réaction étant dictée par la peur, il n'y parvient pas, et ils tombent tous deux dans ce gouffre qui semble sans fin.
Le héros tombe donc dans l'inconscience. Ou plutôt, il tombe au fond de son ombre, dans son propre inconscient, dans sa propre profondeur.



Kutnahorum a écrit:
Il se réveille, accueilli par deux belles jeunes femmes. Il se trouve dans un jardin paradisiaque sous terre.
Il se croit mort, arrivé au Valhalla, mais est vivant : son cheval a amorti sa chute, s'écrasant sous lui. Il a en fait dormi pendant un an.
Logiquement, cet homme aurait dû mourir d'une telle chute, aussi vertigineuse.
Mais nous sommes ici dans le domaine de l'inconscient, qui échappe à la logique ordinaire !
C'est le héros, il ne peut mourir, surtout aussi bêtement.
On aurait pu alors s'attendre à un monde d'en bas sombre et menaçant, peuplé de monstres et de dangers.
Mais il n'en est rien, c'est même tout le contraire !
Du moins en apparence...

Le paradis, dans la plupart des traditions, est représenté sous forme d'un jardin.
Contrairement à la forêt, le jardin est un lieu certes naturel, mais pas sauvage, domestiqué par l'homme, maîtrisé. La nature et la culture, le féminin et le masculin, s'y rencontrent.

Ce jardin toutefois est peuplé exclusivement par le principe féminin, la nature. L'aspect culture, masculin, y manque. Et c'est précisément ce qui manquait à ces femmes, qu'elles attendaient, et qui se présente sous la forme de Thorgal. Le jardin est l'espace de l'éros, de la rencontre, de l'échange, de la croissance.

Le héros a été entraîné dans la chute par ses instincts (son cheval), mais c'est finalement eux qui le sauvent tout de même de la mort, qui semblait pourtant inévitable.
A l'inverse des forêts enneigées du dessus, ce jardin du dessous représente l'éros. Il est magnifique, accueillant, chaud, doux, calme, agréable, de l'eau chaude y coule, des fruits délicieux y poussent, de belles jeunes femme y vivent.



Kutnahorum a écrit:
Ces femmes veulent le garder comme époux, dans ce monde totalement isolé, mais protégé et paradisiaque, et où le temps s'écoule 10 fois moins vite, garantissant une quasi-immortalité. Il serait à l'abri du froid, des guerres, de la vieillesse, de la faim, de la peur, vivant heureux pendant des siècles.
Mais il refuse car il a soif de liberté, peu importe le prix à payer, et perçoit ce lieu comme une prison.
Mais c'est justement là le problème. Ce principe féminin se manifestant sous la forme d'éros est ici en excès, et sans le principe masculin, donc pas dans l'équilibre et la complémentarité.
Ces femmes lui promettent une vie heureuse, longue et sans souffrance.
Tout serait facile, il n'aurait pas besoin de travailler ni de faire aucun effort, tout est à portée de mains. Il n'aurait aucune responsabilité. mais donc, aucun pouvoir personnel, aucune maîtrise sur sa vie ! Qui serait, finalement, comme gelée. En tous cas retenue prisonnière d'un complexe maternel positif fait de dépendance et de mollesse.
Cela indique bien que le Paradis n'est pas forcément mieux que l'Enfer...
Thorgal le comprend bien, intuitivement, et refuse donc ce Paradis illusoire.



Kutnahorum a écrit:
Ces deux femmes ont une soeur, une jeune adolescente, qui le soir s'approche de Thorgal en cachette et lui propose de s'évader avec elle, en compagnie de son chat. Elle lui apprend que ses soeurs sont des sorcières qui lui ont menti et veulent le réduire en esclavage.
Le chiffre trois, aperçu lors de l'épisode précédent, revient ici sous la forme des trois soeurs. Le trois indique la répétition ("jamais deux sans trois"). Dans plusieurs mythologies, trois soeurs, trois sorcières, tissent inlassablement les fils de la destinée, maîtresses de la naissance, de la vie et de la mort. Chez les Scandinaves, ce sont les Nornes, qui résident près du Puits du Destin.





La plus jeune soeur confirme à Thorgal que la vie dans ce jardin paradisiaque ne serait que de l'esclavage. Ces femmes sont des sorcières, synonymes ici d'attraction sexuelle, de séduction, de fascination, d'envoûtement, d'illusion, d’emprise sur l'homme, le rendant faible et réduit à l'impuissance.



Kutnahorum a écrit:
Au petit matin, ils tentent tous trois de s'échapper de ce jardin souterrain.
Les soeurs de la jeune fille, s'apercevant de leur départ, la préviennent pourtant que le temps la rattrapera.
Ils remontent un cours d'eau ; traversent des grottes baignées de vapeur d'eau ; remontent un puits naturel, très lisse d'où suinte de l'eau ; traversent un labyrinthe de glace.
A ce stade, ils se perdent, et l'adolescente est prise de délire. Thorgal blesse alors son chat, qui s'enfuit en courant, et ils le suivent.
Ils finissent par atteindre la sortie vers l'extérieur, la nuit tombe.
L'eau symbolise les émotions, mais surtout, dans ce contexte, le temps qui passe. Ne dit-on pas qu'il s'est écoulé beaucoup d'eau sous les ponts ? L'eau est synonyme de mémoire, en particulier de mémoire émotionnelle.

Après avoir chuté jusqu'à l'état d'enfant dans le ventre maternel, innocent et nourri sans aucun effort mais réduit à l'impuissance, le héros fait le chemin inverse et s'extirpe de la matrice, pour reprendre la maîtrise de sa vie, en en acceptant les souffrances.
Comme Thésée dans le labyrinthe, Thorgal est aidé par une femme.
L'eau de la mémoire émotionnelle se présente sous plusieurs formes, plusieurs états, combinant le solide, le liquide et le gazeux, le chaud et le froid. Cela représente les divers états émotionnels, et les divers stades de la vie passée.
Car Thorgal remonte le temps.

Le labyrinthe représente nos tendances à tourner en rond dans nos émotions et nos pensées, ce qui peut mener à la folie (la jeune fille perd la raison).
C'est encore grâce aux instincts animaux que le héros s'en sort : il fait appel à la prodigieuse intuition du chat, à son sixième sens.



Kutnahorum a écrit:
Ils dorment dehors, et au petit matin Thorgal trouve la jeune fille morte à ses côtés, sous la forme d'une très vieille femme.
Les deux soeurs plus âgées avaient donc dit vrai : il s'est bien passé une année.
La plus jeune soeur n'a pas 15 ans, mais 150, et son corps en subit les conséquences en sortant de ce monde souterrain doux et mou.
Cette jeune fille symbolise sans doute une tendance intérieure du héros, celle de ne pas vouloir grandir, tout en voulant sortir du monde de l'enfance (le jardin), ce qui peut être destructeur (elle meurt).

L'espace chronologique d'un an était déjà apparu dans l'histoire précédente : Thorgal devait rester au service de la reine Slive la magicienne pendant une année. Il s'agit d'un cycle complet du soleil.
Dans cette culture archaïque où vit Thorgal, les cycles naturels ont une importance primordiale, modelant la vie des hommes. Et c'est plus particulièrement le cas des sorcières, reliées aux forces de la nature, dont elles cherchent à profiter.

La jeune soeur a d'ailleurs pour obsession de voir le soleil. Mais cette course de l'astre solaire, représentant le temps qui passe, a justement raison d'elle, la mène à sa perte.
La jeune fille disparaît car c'est un élément devenu inutile. Le héros n'a plus besoin de cette tendance infantile en lui, car il s'en est libéré par cette épreuve.



Ce n'est pas simplement par accident que le héros a été confronté à son ombre, à ses démons, et qu'il est tombé au fond de lui-même pour ce faire.
Cela lui a permis de se détacher (ou du moins prendre conscience de cette nécessité) de cette matrice archaïque, de ce paradis perdu qu'il serait vain de vouloir retrouver.

Cela explique aussi sans doute que, tout au long de la saga, Thorgal vit sans cesse des aventures et des épreuves l'éloignant de sa femme et de sa famille, alors même qu'il répète qu'il ne désire que vivre en paix avec ses proches, dans une existence ordinaire et tranquille. Il s'avère pourtant que bien souvent, ces aventures sont provoquées par lui-même, inconsciemment, par des actes manqués.
Il est symptomatique de constater que dans cette aventure, s'il choisit de ne pas rester dans ce jardin avec ces femmes, ce n'est pas au nom de son amour pour Aaricia, qui n'est même pas nommée une seule fois, mais par soif de vivre des aventures.
Il s'estime victime du destin, le jouet des dieux, mais se crée sans s'en rendre compte toutes ces complications.

Il est en fait partagé entre ces deux tendances contraires, vivre une vie ordinaire dans la paix et l'amour, ou vivre son destin exceptionnel que lui imposent ses origines et ses capacités, qui n'ont rien d'ordinaire.
A défaut de faire un choix clair et ferme entre les deux, il n'a ni l'un ni l'autre. Au lieu de cela, il est déchiré par des conflits internes, qui se manifestent dans la réalité concrète par des épreuves violentes et douloureuses.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Mar 2 Oct - 21:07

L’ÎLE DES MERS GELÉES

(TOME 2)









Résumé de l'histoire


Aaricia et son amie d'enfance Solveig se trouvent sur une falaise surplombant le village côtier où elles vivent. La fille du roi est nostalgique à l'idée de quitter celui-ci après avoir épousé Thorgal.
Deux aigles enlèvent la princesse, l'emmenant dans les airs.

Pendant ce temps, au village, a lieu un concours de tir à l'arc. La cible est un aigle.
Bjorn, le frère d'Aaricia, manque l'aigle, Thorgal le délivre en tranchant la corde d'une flèche.

Les Vikings prennent le large à bord d'un drakkar afin de rattraper la princesse, qui est à bord d'un étrange navire.
Au bout de trois jours, un conflit a lieu entre les marins. Thorgal et Bjorn sont assommés et abandonnés dans une barque.
Mais juste après, le drakkar est capturé par le navire, dirigé par un guerrier au casque étrange, maître des trois aigles.

Thorgal fait un rêve. Il arrive à un jardin paradisiaque, où l'accueille Aaricia, dans la joie. Il cueille une pomme, "fruit de la Terre-Mère". Celle-ci se transforme en glace. Et tout autour de lui gèle, sa fiancée a peur et s'éloigne, et il se retrouve isolé.

Il se réveille, la barque est à la dérive dans la banquise. Bjorn, rendu fou par la peur, veut le tuer, pour se réchauffer en buvant son sang. Mais ce dernier tombe de la barque et échoue sur un bloc de glace à la dérive.

Thorgal arrive à terre et trouve un curieux peuple aux yeux bridés qui vit sous terre. Bjorn a survécu et est là aussi.
Un vieil homme lui apprend que cette terre, l'île des mers gelées, a été conquise par les dominants, un peuple venu d'ailleurs qui se fait passer pour des dieux et a réduit les habitants de l'île à l'esclavage dans les mines de charbon, qu'ils utilisent pour faire avancer leurs navires et chauffer leur palais. Les dominants sont dirigés par le seigneur aux trois aigles, qui fait régner la terreur.

Thorgal et ce peuple vont délivrer ceux qui sont dans les mines et vaincre le seigneur aux trois aigles. Bjorn tue lâchement ce dernier, mais est ensuite massacré par les aigles.
Il s'agit en fait d'une jeune femme, la fille de la reine Slive.
Les esclaves sont libérés. Les vikings du drakkar sont parmi eux également.

Tout le monde se rend au palais des dominants. Celui-ci se met à briller.
Seul Thorgal a le courage d'y entrer. C'est sa troisième et dernière épreuve.
Surmontant sa peur de l'inconnu, il finit, sans combattre, par trouver Aaricia, ainsi que Slive.

Celle-ci lui apprend que son peuple vient des étoiles, où il avait trouvé refuge après un cataclysme sur la Terre. Elle est la dernière survivante d'une expédition envoyée sur leur planète d'origine pour y trouver des sources d'énergie, qui a atterri sur l'île des mers gelées sans pouvoir en partir.
Elle lui apprend également qu'il devait épouser sa fille, car il est en fait le dernier représentant du peuple des étoiles.

Thorgal, Aaricia et les Viking reprennent alors la mer pour regagner leur village.
Le héros affirme qu'il ne désire pas être un conquérant mais vivre en paix et heureux sous les étoiles.





Dernière édition par Kutnahorum le Mer 3 Oct - 17:33, édité 2 fois (Raison : Rectification)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Mer 3 Oct - 0:16

Interprétation


Kutnahorum a écrit:
Aaricia et son amie d'enfance Solveig se trouvent sur une falaise surplombant le village côtier où elles vivent. La fille du roi est nostalgique à l'idée de quitter celui-ci après avoir épousé Thorgal.
Deux aigles enlèvent la princesse, l'emmenant dans les airs.
Les deux femmes se trouvent au bord d'une falaise, comme à la frontière entre deux mondes. Sans doute l'enfance et le monde adulte.

Au moment où le héros doit épouser la fille du roi, celle-ci est enlevée.
Enlevée par des aigles, "nobles et beau", "le vrai symbole de la liberté", selon son amie. Ils représentent sans doute aussi une partie inconsciente de Thorgal qui souhaite que sa fiancée soit enlevée, car il a soif d 'aventure. De plus, ce périple le mènera jusqu'à ses origines. Les aigles viennent du ciel tout comme lui. La jalousie de Bjorn envers Thorgal n'est pas la seule raison de son désir de partir.
Quoiqu'il en soit, si les deux fiancés ont prévu de quitter le village c'est parce qu'il est temps pour eux de quitter le monde de l'enfance.
Et cela constitue l'enjeu du héros dans cette histoire : grandir.



Kutnahorum a écrit:
Pendant ce temps, au village, a lieu un concours de tir à l'arc. La cible est un aigle.
Bjorn, le frère d'Aaricia, manque l'aigle, Thorgal le délivre en tranchant la corde d'une flèche.
Le roi confirme que l'état du royaume (la conscience collective) a régressé : "de mon temps les Vikings du Nord n'étaient pas d'aussi piètres tireurs". Aarcia indique aussi que son père ne s'est jamais remis de ses blessures (La Magicienne Trahie) : son temps est révolu, le moi conscient doit changer.

Avec ces trois aigles, on retrouve l'importance du chiffre trois dans l'épopée de Thorgal.
Jamais deux sans trois : c'est le troisième événement ou le troisième élément qui déclenche un processus synchronistique en cours.

Thorgal libère lui-même le troisième aigle, et c'est à ce moment-là que part le navire où est retenue prisonnière Aaricia, et où cet animal était attendu. C'est donc bien Thorgal, inconsciemment et symboliquement, qui provoque le départ au loin de sa fiancée enlevée !
Mais c'est parce que, sur le plan conscient, il se manifeste en faveur de la liberté, réellement en délivrant l'aigle, et symboliquement car l'aigle symbolise la liberté.
Thorgal nargue même Bjorn, qui aurait voulu tuer l'aigle, d'avoir rendu la liberté à ce dernier. Ce qui provoque la colère du fils du roi. Celui-ci, tout comme son père, incarne le pouvoir, la soif de dominer, de posséder, de blesser. Un principe masculin négatif, tandis que la soif de liberté correspond au principe masculin positif.



Kutnahorum a écrit:
Les Vikings prennent le large à bord d'un drakkar afin de rattraper la princesse, qui est à bord d'un étrange navire.
Au bout de trois jours, un conflit a lieu entre les marins. Thorgal et Bjorn sont assommés et abandonnés dans une barque.
Mais juste après, le drakkar est capturé par le navire, dirigé par un guerrier au casque étrange, maître des trois aigles.
Tandis que les Vikings veulent rattraper Aaricia en bateau, Thorgal poursuit les ravisseurs de sa fiancée à cheval. Il affirme sa différence : il est différent des Vikings, qui sont des marins. Bjorn traite d'ailleurs ensuite Thorgal de bâtard et lui dit "tu n'as jamais été des nôtres".
Mais surtout le héros s'en remet à ses instincts animaux, symbolisés par le cheval.

Le chiffre trois apparaît à nouveau, avec les trois jours.
Il s'agit d'une séquence qui annonce un dénouement.
La conscience collective (les Vikings), en croyant se débarrasser des ferments d'avenir (positif et négatif), ne fait que les aider à jouer leur rôle.
Et par une synchronicité, c'est juste après que les Vikings, pensant pouvoir regagner leurs terres, sont capturés.


Kutnahorum a écrit:
Thorgal fait un rêve. Il arrive à un jardin paradisiaque, où l'accueille Aaricia, dans la joie. Il cueille une pomme, "fruit de la Terre-Mère". Celle-ci se transforme en glace. Et tout autour de lui gèle, sa fiancée a peur et s'éloigne, et il se retrouve isolé.
Le rêve de Thorgal rappelle presque exactement l'histoire précédente, "Presque le Paradis...".

Thorgal, assommé, sombre donc dans l'inconscience. Et dans l'inconscient.
La barque symbolise le passage de l'âme dans l'au-delà, vers l'inconscient.

Vouloir goûter au fruit de la connaissance l'a ramené à la dure réalité : il est sur une barque à la dérive au milieu de la banquise, perdu et presque mort de froid. Mais l'a aussi empêché de mourir, car en continuant à dormir il serait mort.
Le rêve (et plus précisément la pomme), surtout, l'a fait sortir de son état de béatitude, proche du paradis perdu de l'enfance (la fusion avec la mère et avec la nature) mais l'a également fait sortir de son ignorance (de son inconscience face à la réalité) : la pomme symbolise la connaissance.

Le rêve lui signifie également qu'il est trop tôt pour lui de goûter au bonheur d'une vie paisible avec son amoureuse, mais que cela est possible, à condition qu'il subisses des épreuves afin de se dépasser. La pomme de la connaissance est aussi synonyme de souffrance, car l'un ne va pas sans l'autre : l'expérience amène à la connaissance, mais se fait par la souffrance.



Kutnahorum a écrit:
Il se réveille, la barque est à la dérive dans la banquise. Bjorn, rendu fou par la peur, veut le tuer,., pour se réchauffer en buvant son sang. Mais ce dernier tombe de la barque et échoue sur un bloc de glace à la dérive.
Tandis que Thorgal se réveille plus conscient, grâce à ce rêve qui enrichit sa personnalité, Bjorn au contraire, bien qu'éveillé, est inconscient : il sombre dans la folie, possédé par sa peur, son orgueil et son égoïsme. Il veut s'emparer de l'énergie de Thorgal (boire son sang). La partie négative de la conscience a été éliminée, ou plutôt elle s'est éliminée elle-même en voulant éliminer la partie positive.

Thorgal ne peut que continuer seul dans la barque, car pour accomplir ce passage dans l'au-delà, il faut être seul, s'être débarrassé du superflu.



Kutnahorum a écrit:
Thorgal arrive à terre et trouve un curieux peuple aux yeux bridés qui vit sous terre. Bjorn a survécu et est là aussi.
En arrivant sur l'île des mers gelées, Thorgal pénètre dans les méandres de son inconscient, et va retrouver ses origines, mieux se connaître.
L'île des mers gelées, ce territoire inconnu, est aussi un espace isolé, vide, hostile, glacé et mystérieux .
Elle correspond à l'enfance de Thorgal, son isolement, sa solitude, son sentiment de rejet, son manque de l'amour de ses parents qu'il n'a pas connus, ses questionnements.
Et c'est précisément sur cette île qu'il va se libérer de tous ces poids.

Ce peuple ancien, ces habitants originels de l'île (des Eskimos), représentent une partie de lui, archaïque, qui vit dans son inconscient. Ils sont réduits à l'esclavage, vivent sous terre et ont peur.
Ils correspondent sans doute à une innocence sauvage autant qu'à son enfance brimée, où il a été marginalisé moqué, méprisé. Car les Vikings (la conscience collective) ne l'ont jamais vraiment accepté. Ce sont d'ailleurs, précisément, des enfants que Thorgal rencontre en premier.
Ce peuple correspond à l'ombre du héros, dont il lui faut prendre conscience et se libérer.



Kutnahorum a écrit:
Un vieil homme lui apprend que cette terre, l'île des mers gelées, a été conquise par les dominants, un peuple venu d'ailleurs qui se fait passer pour des dieux et a réduit les habitants de l'île à l'esclavage dans les mines de charbon, qu'ils utilisent pour faire avancer leurs navires et chauffer leur palais. Les dominants sont dirigés par le seigneur aux trois aigles, qui fait régner la terreur.
Le vieil homme, qui apparaît comme un sage, représente, dans cette partie de lui enfantine et brimée, une tendance en devenir, qui appelle à sa libération. Il indique même que le héros était attendu.

Les dominants, peuple venu d'ailleurs, s'apparentent à des envahisseurs venus submerger l'inconscient. Mais en réalité, ils étaient là avant ces habitants originels, ils viennent d'un passé très ancien, ils représentent les origines de Thorgal, et la source de ses capacités exceptionnelles.
Il s'agit d'une partie plus profonde et plus lointaine de l'inconscient que le peuple dominé. Les parents, les ancêtres, et non l'enfant.

Le conflit entre les dominants et les Vikings, dont certains ont été parfois capturés sur les côtes pour être réduits en esclavage afin de travailler dans les mines de charbon, symbolise un conflit entre la conscience collective et une partie de l'inconscient, refoulée, et qui prend donc de l'énergie à la conscience.

Le charbon représente une source d'énergie venue des entrailles de la Terre-Mère, de l'ombre. Une source d'énergie seulement utile à alimenter le complexe parental en lui.

Après les loups de la Magicienne Trahie, ce sont les aigles qui dominent cet épisode.
L'aigle est symbole de noblesse, de domination, de supériorité, et incarne la liberté, tout autant que la capacité à fondre sur sa proie - la vue perçante, la rapidité, l'habileté, la précision -, ainsi que la tendance à prendre soin de ses petits. Autant de qualités qui caractérisent Thorgal.
Les loups annonçaient qu'il pouvait se transformer en dévorant ses tendances passées devenues inutiles (ce qui arrive dans cet épisode), l'aigle annonce qu'il peut prendre son envol et sa liberté. De fait, il quittera après cet épisode son village natal pour vivre avec sa femme.



Kutnahorum a écrit:
Thorgal et ce peuple vont délivrer ceux qui sont dans les mines et vaincre le seigneur aux trois aigles. Bjorn tue lâchement ce dernier, mais est ensuite massacré par les aigles.
Il s'agit en fait d'une jeune femme, la fille de la reine Slive.
Les esclaves sont libérés. Les vikings du drakkar sont parmi eux également.
Bjorn, incarnant les tendances masculines négative, joue un rôle peut-être positif en tuant la fille de Slive. Mais il est ensuite éliminé (tué par les aigles, donc par une partie du héros), car devenu inutile : son rôle s'achève là.

En libérant les esclaves, en les menant à la lumière, Thorgal, jette de la lumière sur sa propre ombre, sur sa partie brimée et soumise. Il pourra alors s'affirmer en homme.



Kutnahorum a écrit:
Tout le monde se rend au palais des dominants. Celui-ci se met à briller.
Seul Thorgal a le courage d'y entrer. C'est sa troisième et dernière épreuve.
Surmontant sa peur de l'inconnu, il finit, sans combattre, par trouver Aaricia, ainsi que Slive.
En entrant dans le palais des dominants (en fait un vaisseau spatial), le héros entre au coeur de lui-même, comme dans un labyrinthe, pour remonter à la source de son être, à ses origines. Cela demande en effet du courage. Et c'est quelque chose qui ne peut se faire que seul.
Thorgal se retrouve dans un monde intérieur "étrange", "inconnu", et pourtant ne ressent "aucune peur", comme s'il lui était familier, guidé par une voix "profondément enfouie en lui-même".

On s'attendait (et le héros aussi) à des combats mais il n'y en a pas un seul : chercher à se connaître au plus profond est une épreuve suffisante en soi. La troisième et dernière épreuve initiatique du héros pour cet épisode.
Il pénètre dans sa propre matrice, et y retrouve, "au-delà", son anima (incarnée par Aaricia), ainsi qu'une mère symbolique : la reine Slive la magicienne. Qui aurait voulu lui faire épouser sa fille.

Inconsciemment, le héros a aussi permis à son anima (sa fiancée) d'entrer en contact avec sa matrice (le palais et la reine), pour s'y régénérer et le régénérer. Surtout, il a retrouvé la relation avec l'éros.

Kutnahorum a écrit:
Celle-ci lui apprend que son peuple vient des étoiles, où il avait trouvé refuge après un cataclysme sur la Terre. Elle est la dernière survivante d'une expédition envoyée sur leur planète d'origine pour y trouver des sources d'énergie, qui a atterri sur l'île des mers gelées sans pouvoir en partir.
Elle lui apprend également qu'il devait épouser sa fille, car il est en fait le dernier représentant du peuple des étoiles.
Thorgal apprend donc de la bouche de la reine, cette mère symbolique possessive et castratrice (il était même à son service, comme prisonnier, dans le premier épisode), ses lointaines origines, ainsi que l'identité de ses parents et sa naissance en mer. Il est le dernier enfant des étoiles. Ce peuple, ce sont de toute évidence les Atlantes, bien que ce nom ne soit jamais prononcé dans aucun épisode.

Ce peuple appartient au passé, son temps est révolu, il est devenu inutile. Mais ils ont quelque chose à transmettre, et c'est Thorgal qui est le vecteur de cet héritage invisible. Les ferments de l'avenir sont en germe dans le passé.



Kutnahorum a écrit:
Thorgal, Aaricia et les Viking reprennent alors la mer pour regagner leur village.
Le héros affirme qu'il ne désire pas être un conquérant mais vivre en paix et heureux sous les étoiles.
Riche de ces expériences, de ces épreuves surmontées, de cet enrichissement de la personnalité par des éléments inconscients, indiquant son identité et ses origines, l'être peut regagner la territoire de la conscience.

Thorgal affirme ici clairement son refus du pouvoir, et son désir de paix, d'amour et de bonheur, érigés en idéaux, qu'il incarne.
S'il le fait ici alors qu'il ne l'a pas fait à la fin du premier épisode, c'est parce que maintenant il a grandi, s'est libéré du poids de son enfance, a appris à se connaître, et a intégré sa partie féminine.

Mais ce désir et ces idéaux sont contrecarrés par d'autres tendances en lui, inconscientes, qui le mèneront d'aventure en aventure, car sa quête est loin d'être terminée, il est trop tôt pour qu'il puisse vivre sereinement, elle ne fait en réalité que débuter...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kouen

avatar

Féminin Poissons Singe
Messages : 150
Date de naissance : 20/03/1968
Date d'inscription : 31/08/2012
Age : 49
Localisation : Paris
Humeur : comme la Lune !

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Jeu 4 Oct - 11:44

http://books.google.fr/books?id=2vn4yvb4_4kC&pg=PA74&lpg=PA74&dq=
thorgal,+psychologie&source=bl&ots=Z-xFr3hp7l&sig=pFSXG7GZ6kAIQz-YD5pdmwUkbwE&hl=fr&sa=X&ei=LXJtUMDYA8774QSisYC4DQ&ved=
0CFAQ6AEwCA#v=onepage&q=thorgal%2C%20psychologie&f=false


Bonjour Kutnahorum !!

J'ai lu avec intéret ton 'essai' sur le décrytage
psychologique de cette 'saga de Thorgal', curieuse,
je me suis un peu renseignée pour savoir de qui, de
quoi, il s'agit, car je ne me souviens pas de ce genre
de BD dans mes lectures de 'jeunesse'.... Rolling Eyes

Donc, je joins un lien si dessus en partage, qui peut
apporter selon moi, quelques éléments supplémentaires Wink

Aussi, j'apprécie tes analyses judicieuses et bien définies
dans le contexte du récit, et je retrouve un facteur de 'quête'
en paralléle, entre le personnage de légende 'Thorgal' et peut
être celui de 'Kutnahorum' ??

Mais d'une autre maniére !!

En tous cas, c'est un plaisir de lire, de suivre,
cette aventure, telle quelle soit !
Cela me semble trés riche dans le symbolisme,
le graphisme, le récit historique, et spirituel !!
Je découvre.. I love you

A suivre....

Kouen


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Jeu 4 Oct - 16:32

Salut Kouen !


Merci de ton intérêt, ça fait plaisir.

Et merci pour le lien, je ne savais pas qu'il existait une étude psychologique sur Thorgal, je n'avais fait aucune recherche, mais finalement cela n'a rien d'étonnant, tant la série est riche ! Je vais lire ça, ça m'a l'air très intéressant.

Si tu aimes les BD, je te conseille vraiment cette série, passionnante et très prenante. Les scénarios et les dessins sont de grande qualité, les histoires sont très inventives et imaginatives, avec beaucoup de rebondissements et de trouvailles audacieuses.


Oui, tout à fait, il s'agit bien d'une quête. Comme dans les mythes ou les contes de fées. Avec qui cette série partage d'ailleurs bien des points communs.
Avant tout une quête de soi, mais retranscrite de manière surtout symbolique.
Toutefois, l'auteur dissémine même des indices sur la psychologie du héros, et de plus en plus au cours du temps. Cela confirme à chaque fois mes interprétations, et ça fait plaisir !
C'est une quête de soi, et en même temps une quête de liberté, de paix et d'amour.

Au bout d'une bonne vingtaine d'épisodes (et un quart de siècle d'existence de la série), la femme du héros lui dit qu'il ne trouvera jamais le pays idéal qu'il cherche sans cesse en vain, une terre où il pourra vivre dans la paix et l'amour.
(Car il ne tombe que sur ce qu'il appelle la folie des hommes : la soif de pouvoir, de domination, de conquête, de possession, avec son corollaire, la violence. L'ego, donc.)
Elle ajoute que ce pays n'existe que dans sa tête.

Donc sous-entendu, cette quête devrait être intérieure, en soi, et non extérieure.
Le seul défaut qui est reproché au héros, c'est en effet sa naïveté, son idéalisme. On lui dit qu'il court après un rêve, une utopie, une chimère.

Surtout, il affirme sans cesse qu'il n'aspire qu'à vivre en paix avec les siens, une vie ordinaire. Mais il fait tout, sans s'en rendre compte, pour échapper à cette vie, se créant lui-même toutes ces complications, tous ces problèmes, toutes ces aventures, toutes ces épreuves. Comme nous tous, mais à un autre niveau, à la hauteur de ses capacités ! Car il n'est pas un homme ordinaire, et plus il cherche à échapper à son destin et plus son destin le rattrape.

J'ai une hypothèse.
Il répète qu'il est un homme libre, qu'il ne veut ni dominer ni être dominé. Mais il tombe sans cesse sur des hommes (et même des femmes) qui veulent conquérir le monde et imposer leur volonté. On lui propose même parfois de régner. Car il ne veut que vivre dans la paix et l'amour. Il laisse les hommes s'affronter et s'entre-tuer, estimant que c'est leur liberté.
Alors son rôle, son destin n'est-il pas de concilier les deux, de faire régner dans le monde la paix et l'amour ?
Car lui seul en serait capable, de par ses aspirations très élevées et de par ses capacités exceptionnelles. Cela mettrait fin à ses conflits intérieurs, qui lui apportent violence et douleur, et le font s'estimer jouet du destin et des dieux. Ne serait-ce pas parce qu'il refuse ce destin ?

En tous cas, ce qui est sûr, c'est qu'il est invité à mettre fin à ses conflits intérieurs et à cette fuite de lui-même, ce qui passe par la connaissance de soi, une quête initiatique. Malgré toutes ses qualités et capacités exceptionnelles, Thorgal manque de conscience. Il en arrive même à se mentir à lui-même, et à commettre de nombreux actes manqués qui ont une portée plus que dramatique !
Il ne fait qu'affronter ses démons, son ombre, qui lui font peur, plutôt que les regarder en face, les accepter et les intégrer. Il y a même, vers la fin de la série, un épisode qui montre cela clairement !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kouen

avatar

Féminin Poissons Singe
Messages : 150
Date de naissance : 20/03/1968
Date d'inscription : 31/08/2012
Age : 49
Localisation : Paris
Humeur : comme la Lune !

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Jeu 4 Oct - 16:58

Kutnahorum a écrit:


Donc sous-entendu, cette quête devrait être intérieure, en soi, et non extérieure.
Le seul défaut qui est reproché au héros, c'est en effet sa naïveté, son idéalisme. On lui dit qu'il court après un rêve, une utopie, une chimère.



Hello Kut !!

Je te remercie pour tes explications Wink

Comme je l'ai écrit un peu plus haut, je ne connais
pas trés bien cette Saga , mais je vais , sous peu,
me procurer une ou deux BD, pour voir , lire et comparer
de façon plus proche, plus approfondie !! ( à suivre...!! )

D'après ce que tu évoques, il y a certainement dans le
personnage, ou encore dans l'identité de Thorgal,
une multitude de personnages, de facettes humaines,
un peu comme le fond du ciel et ses nombreuses étoiles Like a Star @ heaven

Ne l'oublions pas, je crois comprendre que Thorgal,
vient des étoiles, et donc du ciel, du divin, tout ce qui est
attaché aux lois cosmiques !!

Peut être, que si l'auteur lui accorde une trop grande
conscience humaine, et que son personnage se fonde dans
le moule de l'homme, il risque de perdre sa 'magie', son
don divin, et de fait ressembler au simple mortel !!

Justement, Thorgal, en se dépassant à chaque fois,
l'auteur lui apporte à chaque fois, un nouvel habit
de lumière, ce qu'il en fait un personnage où chaque
lecteur peut arriver à s'identifier, tout en étant à la
limite du domaine des Dieux !

C'est un paradoxe, une dualité recherchée selon moi,
pour créer, nourrir cette quête en chacun de nous..!!

Si Thorgal n'était pas naïf, ou encore idéaliste, il
perdrait selon moi tout attachement spirituel aux yeux
des lecteurs !
Il représente , symbolisme le rêve spirituel,
ce que chaque homme porte au fond de lui,
sa Foi, ses espérances, sa religion, ses vertus,
mais il ne doit pas symboliser une voie unique !

C'est un peu....Vénus, l'étoile du Nord !!

A suivre.....merci !!

study


Il n'en reste pas moins un ....homme !!
( mais pas de trop !! )
j'ai cru comprendre que ce n'est pas
sa 'quête', il est sans cesse tiraillé entre le
monde d'en haut et le monde d'en bas Rolling Eyes


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Jeu 4 Oct - 17:35

Oui, tout à fait, c'est un personnage auquel on peut s'identifier. Et même un héros presque idéal, un modèle quasi-inaccessible, face auquel on se sent petit !

Je ne dirais pas que c'est un personnage aux multiples facettes, il est au contraire très entier et très constant, on le dit même obstiné ! Il peut paraître monolithique, donc ennuyeux, et certains ne se gênent pas pour le dire dans la série !

Mais les autres facettes de sa personnalité, cachées, s'incarnent en fait dans d'autres personnages de la série.
Cela est une bonne illustration du phénomène de projection.

L'auteur de la série a également recours à un autre procédé : lui faire perdre la mémoire !
Il peut ainsi se livrer sans problème de conscience à tous les massacres et toutes les débauches possibles, avec une femme qui représente tout ce qu'il déteste.
Voilà ce qui risque d'arriver quand notre conscience est trop unilatérale, lorsqu'on ne se connait pas assez et qu'on ne voit pas et n'accepte pas nos défauts : on risque de tomber dans l'extrême inverse de nos qualités, que l'on a développées trop à l'extrême, car les extrêmes se rejoignent...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Jeu 4 Oct - 17:52

Quant à ses origines célestes, il les dénie, il les récuse, il peut même les détester !
Il maudit parfois ses origines lointaines.
Car il voit en elles la source de tous ses malheurs, de tous ces drames qui l'accablent et de de tous ces exploits auxquels il doit sans cesse se livrer.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kouen

avatar

Féminin Poissons Singe
Messages : 150
Date de naissance : 20/03/1968
Date d'inscription : 31/08/2012
Age : 49
Localisation : Paris
Humeur : comme la Lune !

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Ven 5 Oct - 13:03

Kutnahorum a écrit:
Oui, tout à fait, c'est un personnage auquel on peut s'identifier. Et même un héros presque idéal, un modèle quasi-inaccessible, face auquel on se sent petit !

Un peu comme une divinité !!

Je ne dirais pas que c'est un personnage aux multiples facettes, il est au contraire très entier et très constant, on le dit même obstiné ! Il peut paraître monolithique, donc ennuyeux, et certains ne se gênent pas pour le dire dans la série !

Mais les autres facettes de sa personnalité, cachées, s'incarnent en fait dans d'autres personnages de la série.
Cela est une bonne illustration du phénomène de projection.

Oui, et je pense aussi, une façon de faire perdurer
l'immortalité du personnage par l'auteur Wink


L'auteur de la série a également recours à un autre procédé : lui faire perdre la mémoire !

Alors là....c'est vraiment intriguant...!!??
Car cela voudrait dire que malgré lui, Thorgal
serait 'excusable' et 'blanchi' de toutes fautes..??

Toucher à ce point psychologique sensible
de l'être humain, n'est pas anodin !!
Mais pour quelle raison véritablement..?

Tu n'es pas sans savoir que...
la mémoire est par définition nos 'racines', un
rappel constant à notre conscience, la conscience
du 'moi' est liée à la mémoire, et c'est la mémoire
en son fond métaphysique qui nous révèle toute
l'histoire du passé comme notre aventure personnelle,
ensevelie au coeur le plus intime de notre être !!

Pour l'intrigue, pour le déroulement de l'histoire
et permettre à l'auteur une plus grande liberté
d'expression ??

Merci Wink



...


Dernière édition par Kouen le Ven 5 Oct - 16:48, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kouen

avatar

Féminin Poissons Singe
Messages : 150
Date de naissance : 20/03/1968
Date d'inscription : 31/08/2012
Age : 49
Localisation : Paris
Humeur : comme la Lune !

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Ven 5 Oct - 13:11

Kutnahorum a écrit:
Quant à ses origines célestes, il les dénie, il les récuse, il peut même les détester !
Il maudit parfois ses origines lointaines.
Car il voit en elles la source de tous ses malheurs, de tous ces drames qui l'accablent et de de tous ces exploits auxquels il doit sans cesse se livrer.

C'est peut être en rapport avec sa 'quête' et son
chemin spirituel ??
Et en même temps cela ouvre d'innombrables
solutions imaginaires pour le lecteur !!

Un transfert ...homme/dieu,
comme celui lié à la 'mémoire'..?

Il y a une forme de dénie sur ses origines,
sur son passé, cela crée un suspens, apporte
une nouvelle recherche sur lui même..je ne
sais pas trop là...à suivre... Rolling Eyes


Dans ce passage, on nous apprend que notre
passé n'est pas si important que cela, et que plus nos
actes du présent et nos rencontres du jour sont
des 'clefs' pour avancer dans la vie et nous construire !!


Thorgal se réfugie sous un buisson où, comme souvent, il rêve. Il vit alors dans un autre monde, part en quête du dieu de la montagne, au-delà de la forêt brûlée, dont les chamanes ont parlé. Un vieillard apparaît, qui lui dit être son grand-père. Là, sous les étoiles, il répond à ses questions sur son origine. Un mnémodisque, conservé comme talisman de la capsule échouée, apprend à Thorgal ce qui s’est passé. Mais le grand-père solitaire et qui n’en a plus pour longtemps efface dans la mémoire les souvenirs, ne laissant à Thorgal qu’une intuition. L’origine est un handicap, « il est facile de passer pour un dieu lorsqu’on dispose de pouvoirs supérieurs » ou d’une foi révélée. « Et la tentation est grande d’user de cette faculté pour dominer ses semblables », dit au gamin le vieillard venu d’ailleurs. L’identité n’est pas ce qu’on a hérité qu’il suffirait de conserver, mais la personnalité qu’on se façonne durant une vie. Pas des gènes ou des « pouvoirs », mais une histoire vécue, des chemins pas à pas choisis plutôt que d’autres selon ce qu’on veut être.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Ven 5 Oct - 17:17

Kouen a écrit:
Kutnahorum a écrit:
Oui, tout à fait, c'est un personnage auquel on peut s'identifier. Et même un héros presque idéal, un modèle quasi-inaccessible, face auquel on se sent petit !

Un peu comme une divinité !!

Oui, pas faux !
Mais en même temps, un personnage très humain. Mais tellement humain que finalement plus qu'humain !
Même ses problèmes sont communs à toute l'humanité, mais à un niveau plus qu'humain...

Kouen a écrit:
Kutnahorum a écrit:
Je ne dirais pas que c'est un personnage aux multiples facettes, il est au contraire très entier et très constant, on le dit même obstiné ! Il peut paraître monolithique, donc ennuyeux, et certains ne se gênent pas pour le dire dans la série !

Mais les autres facettes de sa personnalité, cachées, s'incarnent en fait dans d'autres personnages de la série.
Cela est une bonne illustration du phénomène de projection.

Oui, et je pense aussi, une façon de faire perdurer
l'immortalité du personnage par l'auteur Wink

Oui, bien vu.
D'ailleurs récemment des séries secondaires sont nées, consacrées à des personnages de la série.

Mais le véritable prolongement est son fils Jolan (ce qui est logique). Cet enfant incarne le renouvellement.

Et hier j'ai lu des albums à la fin de la série, cela semble confirmer mon hypothèse, sauf que c'est Jolan qui semble appelé à jouer ce rôle...
Il est en tous cas, contrairement à Thorgal, capable d'assumer son destin et de la maîtriser.
Son maître lui dit "Tu es un garçon intelligent, noble de coeur et audacieux, mais surtout tu as hérité de grands pouvoirs, que tu n'es pas encore capable de maîtriser. Je veux que tu me donnes ta vie pour que je t'apprenne à la rendre exceptionnelle."

Alors que Thorgal incarne l'archétype du guerrier (mais guerrier de coeur, guerrier pacifique), Jolan incarne l'archétype du magicien. Il est capable de voir au-delà des apparences, et de détruire, créer et transformer la matière. Car il a hérité, contrairement à son père, des pouvoirs psychiques de sa race.

Jolan représente la conscience qui manque à Thorgal.

Symboliquement, il est capable de transformer son destin, transformer sa vie, alors que Thorgal ne faisait que la subir et l'affronter.

Kouen a écrit:
Kutnahorum a écrit:
L'auteur de la série a également recours à un autre procédé : lui faire perdre la mémoire !

Alors là....c'est vraiment intriguant...!!??
Car cela voudrait dire que malgré lui, Thorgal
serait 'excusable' et 'blanchi' de toutes fautes..??

Toucher à ce point psychologique sensible
de l'être humain, n'est pas anodin !!
Mais pour quelle raison véritablement..?

Tu n'es pas sans savoir que...
la mémoire est par définition nos 'racines', un
rappel constant à notre conscience, la conscience
du 'moi' est liée à la mémoire, et c'est la mémoire
en son fond métaphysique qui nous révèle toute
l'histoire du passé comme notre aventure personnelle,
ensevelie au coeur le plus intime de notre être !!

Pour l'intrigue, pour le déroulement de l'histoire
et permettre à l'auteur une plus grande liberté
d'expression ??

Merci Wink
Oui, tout à fait, cela le rend excusable.

En fait il décide lui-même de perdre totalement la mémoire !
Afin de protéger les siens. Car il en a assez d'être le jouet des dieux et d'attirer les malheurs sur sa famille. Il décide donc de l'abandonner et d'effacer sa mémoire.

Cela correspond bien à la problématique dont je parlais : il ne se connait pas, manque de conscience, renie ses racines, ses origines, refuse son destin.

Mais il va devenir tout le contraire de ce qu'il souhaite être, il va incarner le contraire de ses valeurs !
Car comme par hasard, il va tomber sur sa pire ennemie, Kriss de Valnor (dont il est sans doute secrètement amoureux...), qui lui fait croire qu'il est un grand pirate, Shaïgan Sans Merci, et son compagnon.
Sa femme va même être capturée et devenir leur esclave, mais il ne la reconnaît pas !
Toutefois, au-delà du mental, quelque chose au fond de lui (son coeur ?) lui dit que cela ne lui ressemble pas, et il est tourmenté...

Cela touche à l'identité profonde de l'être...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Ven 5 Oct - 17:48

Kouen a écrit:
Kutnahorum a écrit:
Quant à ses origines célestes, il les dénie, il les récuse, il peut même les détester !
Il maudit parfois ses origines lointaines.
Car il voit en elles la source de tous ses malheurs, de tous ces drames qui l'accablent et de de tous ces exploits auxquels il doit sans cesse se livrer.

C'est peut être en rapport avec sa 'quête' et son
chemin spirituel ??
Et en même temps cela ouvre d'innombrables
solutions imaginaires pour le lecteur !!

Un transfert ...homme/dieu,
comme celui lié à la 'mémoire'..?

Il y a une forme de dénie sur ses origines,
sur son passé, cela crée un suspens, apporte
une nouvelle recherche sur lui même..je ne
sais pas trop là...à suivre... Rolling Eyes


Dans ce passage, on nous apprend que notre
passé n'est pas si important que cela, et que plus nos
actes du présent et nos rencontres du jour sont
des 'clefs' pour avancer dans la vie et nous construire !!


Thorgal se réfugie sous un buisson où, comme souvent, il rêve. Il vit alors dans un autre monde, part en quête du dieu de la montagne, au-delà de la forêt brûlée, dont les chamanes ont parlé. Un vieillard apparaît, qui lui dit être son grand-père. Là, sous les étoiles, il répond à ses questions sur son origine. Un mnémodisque, conservé comme talisman de la capsule échouée, apprend à Thorgal ce qui s’est passé. Mais le grand-père solitaire et qui n’en a plus pour longtemps efface dans la mémoire les souvenirs, ne laissant à Thorgal qu’une intuition. L’origine est un handicap, « il est facile de passer pour un dieu lorsqu’on dispose de pouvoirs supérieurs » ou d’une foi révélée. « Et la tentation est grande d’user de cette faculté pour dominer ses semblables », dit au gamin le vieillard venu d’ailleurs. L’identité n’est pas ce qu’on a hérité qu’il suffirait de conserver, mais la personnalité qu’on se façonne durant une vie. Pas des gènes ou des « pouvoirs », mais une histoire vécue, des chemins pas à pas choisis plutôt que d’autres selon ce qu’on veut être.

Oui, tout à fait, c'est en rapport avec sa quête, son cheminement spirituel. Sur lequel il n'a aucune maîtrise, par manque de conscience.

Son identité profonde se trouve en fait dans sa mémoire ; en déniant ses origines, il se renie lui-même, et s'attire un destin très tourmenté.

Ses aventures parlent souvent de la mémoire, avec des quêtes initiatiques où cette mémoire est représentée sous forme d'un labyrinthe ou autre.

Il y a du vrai dans ce que lui dit son père adoptif dans cette image, et c'est très beau, mais c'est incomplet.
Les ferments de l'avenir se trouvent toujours en germe dans le passé. Dans les racines, les origines, la lignée. C'est de là qu'il faut partir.
Le futur se construit toujours avec le passé, jamais avec le présent. Il y a comme une symétrie entre passé et futur...
Dans le présent on fait avec ce qu'on a, avec ce qu'on est ; et ce qu'on a et ce qu'on est vient forcément du passé. On peut en revanche transformer, à partir du présent.

Son grand-père tente d'effacer dans sa mémoire (déjà dans son enfance !) toute trace de ses origines. Pour le protéger. Mais non seulement cela ne le protégera pas, mais au contraire lui donnera un destin constamment tragique.

Toutes ses aventures le prouvent.

Et les aventures de son fils Jolan (dont je n'ai pas encore lu la suite, je vais me procurer ça !) semblent prouver qu'il est possible de vivre des aventures exceptionnelles en assumant son destin, mais en étant en même temps heureux. Donc gagner sur les deux tableaux.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Sam 6 Oct - 18:23

LES TROIS VIEILLARDS DU PAYS D'ARAN







Résumé de l'histoire


Thorgal et Aaricia, ayant quitté le Northland, traversent une forêt à cheval.
Soudain, un étrange nain difforme habillé en bouffon surgit du haut d'un arbre. Il leur propose de se rendre au Pays d'Aran. Il se trouve de l'autre côté d'un bois. Ils le suivent, bien que Thorgal soit réticent.

Ils arrivent à un village, au bord d'un lac aux eaux noires au milieu duquel se trouve un château. Une fête a lieu, mais les habitants semblent mornes, tristes, sans vie. Le pays est dirigé par les Bienveillants, qui vivent dans le lac sans fond.

Un collier précieux est attaché par quatre fils. Une prophétie dit qu'il a appartenu à la mère des elfes de la forêt, et que celui qui réussira à le détacher d'une seule flèche régnera sur le Pays d'Aran.
Aaricia, séduite par le collier, tente l'épreuve, et délie le collier en coupant les fils avec une flèche, au lieu de s'en servir avec un arc.
Elle est alors acclamée reine du Pays d'Aran. Les Bienveillants, trois vieillards masqués, arrivent par bateau de leur château. Ils veulent à présent trouver un roi pour leur nouvelle reine, afin que le pays retrouve sa prospérité.
Thorgal s'y oppose, le nain l'assomme et l'abandonne dans la forêt, après avoir brisé ses armes, le livrant aux loups.

Une nuit de pleine lune, Thorgal nage jusqu'au château. Il se hisse jusqu'en haut, à l'aide d'un grappin lancé avec son arc.
Il trouve la chambre où dort Aaricia, et tente de la délivrer. Mais elle refuse et ne le reconnaît même pas, elle est droguée. Il est poursuivi par les gardes et le nain. Il s'enfuit jusqu'au sommet de la tour la plus haute du château. Il saute par une fenêtre et plonge dans les eaux du lac sans fond.

Le lendemain commence la cérémonie pour désigner un nouveau roi. Des seigneurs venus de partout sont arrivés, attirés par la perspective de régner sur ce pays et sur son or. Il doit y avoir trois épreuves, le vainqueur épousera la reine. Thorgal, la tête masquée par un casque, se trouve parmi les candidats.

La première épreuve consiste à rapporter trois épées d'or qui se trouvent au sommet d'une montagne. Il ne reste que trois concurrents, Thorgal, Volsung de Nichor, un traître rusé, et Karshan d'Urizen, une brute viking.

Lors de la seconde épreuve, ils doivent rapporter trois clés, protégées par un gardien. Un bateau les emporte dans un tourbillon sur le lac, qui les mène sur une île dans le "deuxième monde", un univers parallèle fantasmagorique.
La gardienne des clés est une belle jeune femme brune qui vit dans un arbre et lance des sorts. Ils parviennent à s'emparer des clés.

Pour la troisième épreuve, ils traversent la salle du fabuleux trésor d'Aran. Ils ont chacun à choisir une porte, parmi trois (eau, air, feu), menant au deuxième monde, afin de rapporter un flacon contenant l'eau de la nuit des temps.
Le Viking choisit l'eau et est emporté par les flots, noyé. Le traître choisit l'air et est précipité dans l'espace par un cyclone. Thorgal n'a plus le choix, le feu. Il survit.
Dans le deuxième monde, il retrouve la gardienne des clés. Il franchit une autre porte, et se retrouve au même endroit dans le palais. Là l'attendent trois jeunes hommes blonds, qui sont en fait les Bienveillants. Ils lui donnent le flacon, qui leur permettra de vivre un siècle de plus. Ils vivent depuis plus de mille ans. Mais Thorgal refuse, et prend le risque de renverser l'eau. Les trois homme vieillissent à vue d'oeil et meurent.

Thorgal retrouve le nain et Aaricia, qui a recouvré ses esprits. Le château s'effondre. Le nain, qui tentait de tuer Thorgal par derrière, est écrasé par un bloc de pierre. Les deux héros sautent dans l'eau et s'enfuient.






Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Sam 6 Oct - 19:31

Kutnahorum a écrit:

Thorgal et Aaricia, ayant quitté le Northland, traversent une forêt à cheval.
Soudain, un étrange nain difforme habillé en bouffon surgit du haut d'un arbre. Il leur propose de se rendre au Pays d'Aran. Il se trouve de l'autre côté d'un bois. Ils le suivent, bien que Thorgal soit réticent.
Le couple a quitté son pays d'origine, le village où il a grandi, donc le monde de l'enfance. Ce sont deux êtres qui se cherchent.
Ils sont perdus dans la forêt, qui symbolise l'inconscient.

Le nain difforme correspond à une partie mesquine et grotesque de la personnalité, et son habit évoque la folie.
L'arbre symbolise l'être en voie de spiritualisation. Or, en haut, à la tête, se trouve ce nain, comme un parasite...
C'est de plus quelqu'un qui arrive en tombant, en allant vers le bas.

Au tout début de l'histoire, c'est Thorgal qui tenait les rênes du cheval, Aaricia étant assise devant lui en amazone, tournée vers l'arrière. Elle ne conduit pas sa vie, ne maîtrise pas ses instincts, et est encore tournée vers l'enfance.
Lorsque le nain arrive et les surprend, la situation s'inverse. Thorgal est en bas du cheval, Aaricia, en haut, le conduit, elle tient les rênes au sens propre.
Contre l'avis de Thorgal, qui depuis le début se montre prudent et raisonnable, elle se laisse tenter par la fête que leur proposent le nain. C'est elle qui désormais a le pouvoir, et plus Thorgal.
A un autre niveau, on peut dire que le héros est dominé par son anima, qui est ici frivole, déraisonnée et capricieuse.
Les pressentiments de Thorgal vont pourtant s'avérer être exacts...

La traversée du bois pour arriver au Pays d'Aran montre qu'il s'agit d'un au-delà, donc au-delà de la conscience, dans l'inconscient.
Le nain était déjà un élément surgi de l'inconscient, et qui entraîne l'être dans l'inconscient, le submergeant.



Kutnahorum a écrit:
Ils arrivent à un village, au bord d'un lac aux eaux noires au milieu duquel se trouve un château. Une fête a lieu, mais les habitants semblent mornes, tristes, sans vie. Le pays est dirigé par les Bienveillants, qui vivent dans le lac sans fond.
Le lac aux eaux noires représente un calme apparent d'où peuvent surgir toutes sortes de menaces. C'est aussi un miroir où se reflète la personnalité.
Le château, de forme carrée, évoque la dimension terrestre, mais aussi le pouvoir. Sa haute tour, saillante, est un symbole phallique, représentant le principe masculin dans son aspect autoritaire.

La situation du royaume est typique des contes de fées. Le pays (la conscience collective) a perdu son dynamisme et sa prospérité. Il a sombré, comme dans les eaux noires du lac. Il est sans vie. Parce qu'il est dominé exclusivement par le principe masculin, devenu négatif. Le principe féminin en est absent. Seuls règnent l'esprit de pouvoir et de possession.



Kutnahorum a écrit:
Un collier précieux est attaché par quatre fils. Une prophétie dit qu'il a appartenu à la mère des elfes de la forêt, et que celui qui réussira à le détacher d'une seule flèche régnera sur le Pays d'Aran.
Aaricia, séduite par le collier, tente l'épreuve, et délie le collier en coupant les fils avec une flèche, au lieu de s'en servir avec un arc.
Ce principe féminin, qui a été expulsé du royaume, est représenté par la mère des elfes. C'est une incarnation de la déesse-mère, l'archétype de la Mère, la Terre-Mère. Ce principe féminin ne subsiste plus qu'à l'état de relique (le collier), et ne peut jouer qu'un rôle négatif, comme un fantôme.



Kutnahorum a écrit:
Elle est alors acclamée reine du Pays d'Aran. Les Bienveillants, trois vieillards masqués, arrivent par bateau de leur château. Ils veulent à présent trouver un roi pour leur nouvelle reine, afin que le pays retrouve sa prospérité.
Thorgal s'y oppose, le nain l'assomme et l'abandonne dans la forêt, après avoir brisé ses armes, le livrant aux loups.
Aaricia représente un renouvellement de ce principe féminin. Mais qui ne servira à l'instance dirigeante de la conscience collective (les Bienveillants) que d'appât pour pérenniser leur pouvoir, et non d'un moyen pour contrebalancer ce pouvoir par l'éros.
La princesse semble encore attachée à son père et à son enfance.

Ces Bienveillants sont des vieillards, ce qui confirme que le royaume est en piteux état, à l'image de leurs dirigeants.
Ils portent des masques, car leur pouvoir est basé sur l'illusion et le mensonge.
On retrouve le chiffre trois, qui marque chaque épisode des aventures de Thorgal, et qui traversera celui-ci : trois vieillards, trois épreuves, trois épées, trois colliers, trois portes...

Thorgal, qui a perdu depuis le début de l'histoire sa maîtrise de la situation, est réduit à l'impuissance, en étant assommé et désarmé. Il est livré aux loups, donc à ses bas instincts.
Mais la conscience est plus forte.



Kutnahorum a écrit:
Une nuit de pleine lune, Thorgal nage jusqu'au château. Il se hisse jusqu'en haut, à l'aide d'un grappin lancé avec son arc.
Il trouve la chambre où dort Aaricia, et tente de la délivrer. Mais elle refuse et ne le reconnaît même pas, elle est droguée. Il est poursuivi par les gardes et le nain. Il s'enfuit jusqu'au sommet de la tour la plus haute du château. Il saute par une fenêtre et plonge dans les eaux du lac sans fond.
Le château représente également l'intérieur du moi conscient, dominé à présent par l'anima négative (Aaricia). Son inconscience est accentuée par le fait qu'Aaricia semble avoir perdu la raison.
Avant de pouvoir entrer à nouveau en contact avec son anima, prisonnière du principe masculin négatif, il devra affronter des épreuves.
En sautant du haut de la tour qui symbolise ce principe, il montre qu'il y renonce. Car le héros incarne le principe masculin positif.
En plongeant dans le lac, il plonge en lui-même. Il devra alors se dépasser.



Kutnahorum a écrit:
Le lendemain commence la cérémonie pour désigner un nouveau roi. Des seigneurs venus de partout sont arrivés, attirés par la perspective de régner sur ce pays et sur son or. Il doit y avoir trois épreuves, le vainqueur épousera la reine. Thorgal, la tête masquée par un casque, se trouve parmi les candidats.
C'est donc bien la soif de pouvoir et de possession qui attire ces candidats, et non l'amour pour la reine ou même sa beauté, donc l'éros.
Thorgal, qui a perdu la tête en étant assommé, la protège à présent par un casque. Il ne veut pas basculer dans l'inconscience. Mais il cache aussi son vrai visage, car il n'est pas motivé par les mêmes désirs que ses concurrents, mais par l'amour.



Kutnahorum a écrit:
La première épreuve consiste à rapporter trois épées d'or qui se trouvent au sommet d'une montagne. Il ne reste que trois concurrents, Thorgal, Volsung de Nichor, un traître rusé, et Karshan d'Urizen, une brute viking.
L'épée symbolise le pouvoir masculin.
Les deux rivaux de Thorgal correspondent aux deux principales tendances négatives du masculin : la force brute, et l'intellect froid et calculateur.



Kutnahorum a écrit:
Lors de la seconde épreuve, ils doivent rapporter trois clés, protégées par un gardien. Un bateau les emporte dans un tourbillon sur le lac, qui les mène sur une île dans le "deuxième monde", un univers parallèle fantasmagorique.
La gardienne des clés est une belle jeune femme brune qui vit dans un arbre et lance des sorts. Ils parviennent à s'emparer des clés.
Les trois hommes pénètrent dans l'inconscient collectif.
L'île peut symboliser une femme lointaine et inaccessible. La gardienne des clés est une représentation positive de l'anima. Très liée aux forces de la nature.
Les clés sont des moyens d'accéder à son propre inconscient.



Kutnahorum a écrit:
Pour la troisième épreuve, ils traversent la salle du fabuleux trésor d'Aran. Ils ont chacun à choisir une porte, parmi trois (eau, air, feu), menant au deuxième monde, afin de rapporter un flacon contenant l'eau de la nuit des temps.
Le Viking choisit l'eau et est emporté par les flots, noyé. Le traître choisit l'air et est précipité dans l'espace par un cyclone. Thorgal n'a plus le choix, le feu. Il survit.
Le trésor symbolise les richesses de l'inconscient.
Pour y accéder, trois portes.
Les deux rivaux de Thorgal choisissent la facilité. Cela ne leur porte pas chance.
Le Viking choisit l'eau car il est un marin, le traître l'air, qu'il voit comme un symbole de la liberté et de l'intellect. Ils fondent leur choix sur ce qui domine leur moi conscient, au lieu d'élargir leur conscience.
Thorgal, quant à lui, n'a d'autre choix que le feu purificateur et transformateur.
Des quatre éléments, la terre est absente, car ils sont déjà dans la dimension terrestre, bien représentée par le château carré.



Kutnahorum a écrit:
Dans le deuxième monde, il retrouve la gardienne des clés. Il franchit une autre porte, et se retrouve au même endroit dans le palais. Là l'attendent trois jeunes hommes blonds, qui sont en fait les Bienveillants. Ils lui donnent le flacon, qui leur permettra de vivre un siècle de plus. Ils vivent depuis plus de mille ans. Mais Thorgal refuse, et prend le risque de renverser l'eau. Les trois homme vieillissent à vue d'oeil et meurent.
La gardienne des clés, qui représente un principe féminin positif, lui donne un indice : "il y a deux manières de vaincre : celle qui conduit au triomphe et celle qui mène au sacrifice".
Il applique le conseil en renversant l'eau, prenant un grand risque, car il ne sait pas du tout ce qui l'attend, quel résultat cela va produire.
L'eau symbolise le temps et la mémoire émotionnelle.
Les trois Bienveillants refusent de vieillir, de grandir, ils sont isolés dans leur château où ils drainent toutes les richesses à eux sans s'investir.
Thorgal ne veut pas tomber dans cette tendance.



Kutnahorum a écrit:
Thorgal retrouve le nain et Aaricia, qui a recouvré ses esprits. Le château s'effondre. Le nain, qui tentait de tuer Thorgal par derrière, est écrasé par un bloc de pierre. Les deux héros sautent dans l'eau et s'enfuient.
La mort du nain représente la fin de la tendance négative qui dominait la conscience de la princesse, et la destruction du château la fin de ce principe masculin dominateur qui la maintenait en son pouvoir.

A présent, c'est tous deux qui plongent dans l'eau, plongent en eux-mêmes, ensemble, la réunification harmonieuse des deux polarités complémentaires masculine et féminine est en marche.
La dernière image de l'histoire montre d'ailleurs le couple enlacé.


Dans le premier épisode, le héros était éloigné de sa fiancée et même condamné à mort en raison de leur amour. Dans le second, elle est enlevée. Dans celui-ci, également, mais par sa faute. Elle sera à nouveau enlevée dans l'épisode suivant. Et ce ne sera pas la dernière fois !
Symboliquement, on le prive donc de son anima (en même temps que d'une vie ordinaire heureuse et tranquille), qu'il doit aller chercher au prix de rudes épreuves.
Le héros est donc en quête de son anima, de son âme.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kouen

avatar

Féminin Poissons Singe
Messages : 150
Date de naissance : 20/03/1968
Date d'inscription : 31/08/2012
Age : 49
Localisation : Paris
Humeur : comme la Lune !

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Lun 8 Oct - 16:18

Kutnahorum a écrit:
Kutnahorum a écrit:

Thorgal et Aaricia, ayant quitté le Northland, traversent une forêt à cheval.
Soudain, un étrange nain difforme habillé en bouffon surgit du haut d'un arbre. Il leur propose de se rendre au Pays d'Aran. Il se trouve de l'autre côté d'un bois. Ils le suivent, bien que Thorgal soit réticent.
Le couple a quitté son pays d'origine, le village où il a grandi, donc le monde de l'enfance. Ce sont deux êtres qui se cherchent.
Ils sont perdus dans la forêt, qui symbolise l'inconscient.

Le nain difforme correspond à une partie mesquine et grotesque de la personnalité, et son habit évoque la folie.
L'arbre symbolise l'être en voie de spiritualisation. Or, en haut, à la tête, se trouve ce nain, comme un parasite...
C'est de plus quelqu'un qui arrive en tombant, en allant vers le bas.

( comme pour un mauvais présage !! )

Au tout début de l'histoire, c'est Thorgal qui tenait les rênes du cheval, Aaricia étant assise devant lui en amazone, tournée vers l'arrière. Elle ne conduit pas sa vie, ne maîtrise pas ses instincts, et est encore tournée vers l'enfance.
Lorsque le nain arrive et les surprend, la situation s'inverse. Thorgal est en bas du cheval, Aaricia, en haut, le conduit, elle tient les rênes au sens propre.
Contre l'avis de Thorgal, qui depuis le début se montre prudent et raisonnable, elle se laisse tenter par la fête que leur proposent le nain. C'est elle qui désormais a le pouvoir, et plus Thorgal.
A un autre niveau, on peut dire que le héros est dominé par son anima, qui est ici frivole, déraisonnée et capricieuse.
Les pressentiments de Thorgal vont pourtant s'avérer être exacts...

( un peu comme dans l'histoire de Adam et Eve )

La traversée du bois pour arriver au Pays d'Aran montre qu'il s'agit d'un au-delà, donc au-delà de la conscience, dans l'inconscient.
Le nain était déjà un élément surgi de l'inconscient, et qui entraîne l'être dans l'inconscient, le submergeant.

Le nain peut être perçu comme un élément
conducteur de l'inconscient, un peu aussi comme
un désir enfoui, inconscient malgré soi, tout comme
un pressentiment humain ( suivre son instinct )




Kutnahorum a écrit:
Ils arrivent à un village, au bord d'un lac aux eaux noires au milieu duquel se trouve un château. Une fête a lieu, mais les habitants semblent mornes, tristes, sans vie. Le pays est dirigé par les Bienveillants, qui vivent dans le lac sans fond.
Le lac aux eaux noires représente un calme apparent d'où peuvent surgir toutes sortes de menaces. C'est aussi un miroir où se reflète la personnalité.

( la personnalité qui est sombre et inquiétante )

Le château, de forme carrée, évoque la dimension terrestre, mais aussi le pouvoir. Sa haute tour, saillante, est un symbole phallique, représentant le principe masculin dans son aspect autoritaire.

La situation du royaume est typique des contes de fées. Le pays (la conscience collective) a perdu son dynamisme et sa prospérité. Il a sombré, comme dans les eaux noires du lac. Il est sans vie. Parce qu'il est dominé exclusivement par le principe masculin, devenu négatif. Le principe féminin en est absent. Seuls règnent l'esprit de pouvoir et de possession.

C'est bien vu....j'adore..! Wink


Kutnahorum a écrit:
Un collier précieux est attaché par quatre fils. Une prophétie dit qu'il a appartenu à la mère des elfes de la forêt, et que celui qui réussira à le détacher d'une seule flèche régnera sur le Pays d'Aran.
Aaricia, séduite par le collier, tente l'épreuve, et délie le collier en coupant les fils avec une flèche, au lieu de s'en servir avec un arc.
Ce principe féminin, qui a été expulsé du royaume, est représenté par la mère des elfes. C'est une incarnation de la déesse-mère, l'archétype de la Mère, la Terre-Mère. Ce principe féminin ne subsiste plus qu'à l'état de relique (le collier), et ne peut jouer qu'un rôle négatif, comme un fantôme.

Le fait que l'objet soit un collier, apporte une
notion d'attachement féminin, mais aussi de lignée
qui serait perdue, vaincue, sans titre !



Kutnahorum a écrit:
Elle est alors acclamée reine du Pays d'Aran. Les Bienveillants, trois vieillards masqués, arrivent par bateau de leur château. Ils veulent à présent trouver un roi pour leur nouvelle reine, afin que le pays retrouve sa prospérité.
Thorgal s'y oppose, le nain l'assomme et l'abandonne dans la forêt, après avoir brisé ses armes, le livrant aux loups.
Aaricia représente un renouvellement de ce principe féminin. Mais qui ne servira à l'instance dirigeante de la conscience collective (les Bienveillants) que d'appât pour pérenniser leur pouvoir, et non d'un moyen pour contrebalancer ce pouvoir par l'éros.
La princesse semble encore attachée à son père et à son enfance.

Ces Bienveillants sont des vieillards, ce qui confirme que le royaume est en piteux état, à l'image de leurs dirigeants.
Ils portent des masques, car leur pouvoir est basé sur l'illusion et le mensonge.
On retrouve le chiffre trois, qui marque chaque épisode des aventures de Thorgal, et qui traversera celui-ci : trois vieillards, trois épreuves, trois épées, trois colliers, trois portes...

Une Sainte Trinité somme toute Wink
Peut être que les 'veiillards' symbolisent
également le 'temps', celui qui n'existe plus
( les masques )


Thorgal, qui a perdu depuis le début de l'histoire sa maîtrise de la situation, est réduit à l'impuissance, en étant assommé et désarmé. Il est livré aux loups, donc à ses bas instincts.
Mais la conscience est plus forte.

Face à lui même , face à ses propres
démons !!




Kutnahorum a écrit:
Une nuit de pleine lune, Thorgal nage jusqu'au château. Il se hisse jusqu'en haut, à l'aide d'un grappin lancé avec son arc.
Il trouve la chambre où dort Aaricia, et tente de la délivrer. Mais elle refuse et ne le reconnaît même pas, elle est droguée. Il est poursuivi par les gardes et le nain. Il s'enfuit jusqu'au sommet de la tour la plus haute du château. Il saute par une fenêtre et plonge dans les eaux du lac sans fond.
Le château représente également l'intérieur du moi conscient, dominé à présent par l'anima négative (Aaricia). Son inconscience est accentuée par le fait qu'Aaricia semble avoir perdu la raison.
Avant de pouvoir entrer à nouveau en contact avec son anima, prisonnière du principe masculin négatif, il devra affronter des épreuves.
En sautant du haut de la tour qui symbolise ce principe, il montre qu'il y renonce. Car le héros incarne le principe masculin positif.
En plongeant dans le lac, il plonge en lui-même. Il devra alors se dépasser.

Ce passage me fait penser à l'arcance 16
' la Tour' du Tarot..sans ambiguité Wink




Kutnahorum a écrit:
Le lendemain commence la cérémonie pour désigner un nouveau roi. Des seigneurs venus de partout sont arrivés, attirés par la perspective de régner sur ce pays et sur son or. Il doit y avoir trois épreuves, le vainqueur épousera la reine. Thorgal, la tête masquée par un casque, se trouve parmi les candidats.
C'est donc bien la soif de pouvoir et de possession qui attire ces candidats, et non l'amour pour la reine ou même sa beauté, donc l'éros.
Thorgal, qui a perdu la tête en étant assommé, la protège à présent par un casque. Il ne veut pas basculer dans l'inconscience. Mais il cache aussi son vrai visage, car il n'est pas motivé par les mêmes désirs que ses concurrents, mais par l'amour.



Kutnahorum a écrit:
La première épreuve consiste à rapporter trois épées d'or qui se trouvent au sommet d'une montagne. Il ne reste que trois concurrents, Thorgal, Volsung de Nichor, un traître rusé, et Karshan d'Urizen, une brute viking.
L'épée symbolise le pouvoir masculin.
Les deux rivaux de Thorgal correspondent aux deux principales tendances négatives du masculin : la force brute, et l'intellect froid et calculateur.



Kutnahorum a écrit:
Lors de la seconde épreuve, ils doivent rapporter trois clés, protégées par un gardien. Un bateau les emporte dans un tourbillon sur le lac, qui les mène sur une île dans le "deuxième monde", un univers parallèle fantasmagorique.
La gardienne des clés est une belle jeune femme brune qui vit dans un arbre et lance des sorts. Ils parviennent à s'emparer des clés.
Les trois hommes pénètrent dans l'inconscient collectif.
L'île peut symboliser une femme lointaine et inaccessible. La gardienne des clés est une représentation positive de l'anima. Très liée aux forces de la nature.
Les clés sont des moyens d'accéder à son propre inconscient.

Oui, bien vu.. Wink



Kutnahorum a écrit:
Pour la troisième épreuve, ils traversent la salle du fabuleux trésor d'Aran. Ils ont chacun à choisir une porte, parmi trois (eau, air, feu), menant au deuxième monde, afin de rapporter un flacon contenant l'eau de la nuit des temps.
Le Viking choisit l'eau et est emporté par les flots, noyé. Le traître choisit l'air et est précipité dans l'espace par un cyclone. Thorgal n'a plus le choix, le feu. Il survit.
Le trésor symbolise les richesses de l'inconscient.
Pour y accéder, trois portes.
Les deux rivaux de Thorgal choisissent la facilité. Cela ne leur porte pas chance.
Le Viking choisit l'eau car il est un marin, le traître l'air, qu'il voit comme un symbole de la liberté et de l'intellect. Ils fondent leur choix sur ce qui domine leur moi conscient, au lieu d'élargir leur conscience.
Thorgal, quant à lui, n'a d'autre choix que le feu purificateur et transformateur.
Des quatre éléments, la terre est absente, car ils sont déjà dans la dimension terrestre, bien représentée par le château carré.

Encore juste, Wink
Les 4 éléments du carré se recoupent !



Kutnahorum a écrit:
Dans le deuxième monde, il retrouve la gardienne des clés. Il franchit une autre porte, et se retrouve au même endroit dans le palais. Là l'attendent trois jeunes hommes blonds, qui sont en fait les Bienveillants. Ils lui donnent le flacon, qui leur permettra de vivre un siècle de plus. Ils vivent depuis plus de mille ans. Mais Thorgal refuse, et prend le risque de renverser l'eau. Les trois homme vieillissent à vue d'oeil et meurent.
La gardienne des clés, qui représente un principe féminin positif, lui donne un indice : "il y a deux manières de vaincre : celle qui conduit au triomphe et celle qui mène au sacrifice".
Il applique le conseil en renversant l'eau, prenant un grand risque, car il ne sait pas du tout ce qui l'attend, quel résultat cela va produire.
L'eau symbolise le temps et la mémoire émotionnelle.
Les trois Bienveillants refusent de vieillir, de grandir, ils sont isolés dans leur château où ils drainent toutes les richesses à eux sans s'investir.
Thorgal ne veut pas tomber dans cette tendance.



Kutnahorum a écrit:
Thorgal retrouve le nain et Aaricia, qui a recouvré ses esprits. Le château s'effondre. Le nain, qui tentait de tuer Thorgal par derrière, est écrasé par un bloc de pierre. Les deux héros sautent dans l'eau et s'enfuient.
La mort du nain représente la fin de la tendance négative qui dominait la conscience de la princesse, et la destruction du château la fin de ce principe masculin dominateur qui la maintenait en son pouvoir.

A présent, c'est tous deux qui plongent dans l'eau, plongent en eux-mêmes, ensemble, la réunification harmonieuse des deux polarités complémentaires masculine et féminine est en marche.
La dernière image de l'histoire montre d'ailleurs le couple enlacé.


Dans le premier épisode, le héros était éloigné de sa fiancée et même condamné à mort en raison de leur amour. Dans le second, elle est enlevée. Dans celui-ci, également, mais par sa faute. Elle sera à nouveau enlevée dans l'épisode suivant. Et ce ne sera pas la dernière fois !
Symboliquement, on le prive donc de son anima (en même temps que d'une vie ordinaire heureuse et tranquille), qu'il doit aller chercher au prix de rudes épreuves.
Le héros est donc en quête de son anima, de son âme.


D'une autre façon, de sa part de féminité !!


Merci Kutnahorum pour ton message
concernant Thorgal et sa destinée en réponse
à mon message, et surtout un grand 'merci' aussi,
pour la suite de ces aventures, que tu détailles et
synthétises de façon merveilleuse..!!
C'est un plaisir de te lire !!

Je me suis permise d'ajouter en partage,
mes quelques impressions....
mais c'est sans prétention !!

I love you

( vivement la suite.....) study
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Lun 8 Oct - 18:44

Salut Kouen,


Merci à toi, chère et fidèle lectrice, ton enthousiasme fait plaisir à voir !

Je suis d'accord avec tes remarques, qui sont bienvenues.


Cela me donne aussi l'occasion de parler du collier, qui joue un rôle central dans ce processus.

Le collier est un cercle. Il est formé d'un assemblage de pierres (ou autres), rassemblées par un fil (lien).
Ces pierres ou perles ou autres sont plus belles mises ensemble que prises séparément.
C'est un objet offert par quelqu'un, mis autour du cou. Le cou est à la jonction entre la tête et le corps.

Le collier crée donc un lien entre celui qui le donne et celui qui le reçoit, comme s'il lui déléguait un pouvoir ou lui transmettait un héritage.
Et il peut faire le lien entre la tête et le corps comme il les peut les séparer. Si on est assez vicieux, on peut étrangler quelqu'un (donc couper sa respiration, lien entre le corps et la tête) avec un collier...
... à condition qu'il soit assez solide.
Car le collier est fragile, il se brise facilement. Il n'est pas aussi solide qu'une couronne, un bracelet, une ceinture ou un anneau.

En l'occurrence, Aaricia se donne le collier à elle-même, mais il provient de la mère des elfes, par l'intermédiaire des Bienveillants (donc ton histoire de lignée est effectivement bien vue). Elle devient alors comme l'héritière de cette déesse-mère fantomatique, et de fait elle hérite du royaume, du pays d'Aran, qui se trouve sous l'ombre tutélaire des Bienveillants.

Aaricia perd la tête, comme décapitée par le collier : elle est envoûtée (elle ne reconnaîtra même pas Thorgal). Ce dernier, par contrecoup, perd la tête lui aussi (il est assommé), mais provisoirement seulement.
En tous cas, Aaricia est comme étouffée par le collier : l'énergie ne circule plus entre l'esprit et le coeur.

Le collier est aussi un cercle fermé, comme le cercle familial (et cela évoque les cercles de fées).
Un objet qui unifie la multiplicité, qui en fait une unité.
Tout comme la mère des elfes réunit en elle tous les elfes.
Aaricia unifie le pays d'Aran autour d'elle, qui peut désormais se trouver un roi pour retrouver sa prospérité (du moins en théorie !).


Au passage, étant allé trop vite dans ma dernière analyse, j'avais aussi omis de préciser que les 4 fils (des liens) qui attachent le collier renvoient au carré du château et aux 4 éléments, donc à la dimension terrestre.
Dès le départ, on voit donc que l'enjeu de tout ça n'est rien d'autre que le maintien dans le temps d'un pouvoir temporel (sans jeu de mot), terrestre, matériel.


Concernant le temps, qui a énormément d'importance dans cet épisode, on pourrait dire que les trois portes menant à trois dimensions (même si c'est dans le "deuxième monde") correspondent aux trois dimensions, tandis que la quatrième dimension, le temps, est incarnée, comme tu l'as dit à juste titre, par les trois vieillards.
Ici, le temps n'est pas Kairos (le bon moment qu'il faut saisir, et un peu l'instant présent), mais Chronos, le temps inexorable qui dévore ses enfants. Car les trois vieillards s'inscrivent dans un temps linéaire, mécanique, rationaliste, qu'ils utilisent pour engranger des richesses au fur et à mesure que le temps passe, sans s'investir dans rien.
N'auraient-ils pas un côté saturnien ?


Comme dans ton rêve, on retrouve cet arcane du Tarot, la Tour ; décidément, le Tarot pourrait m'apporter une dimension supplémentaire pour décrypter les rêves, contes, légendes, mythes !
Il y a un livre qui est paru, qui analyse les aventures de Tintin à la lumière du Tarot, ça doit être intéressant.


A bientôt donc pour de nouvelles aventures dans les méandres de la psyché de Thorgal, de l'humanité et de moi-même. drunken


Dernière édition par Kutnahorum le Dim 14 Oct - 8:54, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Lun 8 Oct - 21:10

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kouen

avatar

Féminin Poissons Singe
Messages : 150
Date de naissance : 20/03/1968
Date d'inscription : 31/08/2012
Age : 49
Localisation : Paris
Humeur : comme la Lune !

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Dim 14 Oct - 6:51

Merci pour ton message Kut Wink

Je prends note également de tes liens,
et je m'en n'informe tranquillement !!

study

A bientôt !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kouen

avatar

Féminin Poissons Singe
Messages : 150
Date de naissance : 20/03/1968
Date d'inscription : 31/08/2012
Age : 49
Localisation : Paris
Humeur : comme la Lune !

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Lun 15 Oct - 12:39

Je me demande vraiment qui sont réellement
les trois vieillards du pays d'Aran ? ( à suivre.......) Wink

J'aime bien ton explication concernant le 'collier' I love you
Le cou est assurément la jonction entre la tête
( l'esprit ) et le reste du corps ( elle perd la tête à
cause d'un collier somme toute !! ) c'est une image,
ou une métaphore trés symbolique !!
Et tu as raison de dire que porter un collier est un
moyen ( surtout dans l'ancien temps ) d'affirmer son
appartenance à un groupe Wink

Je ne posséde pas le livre de Tintin à la lumière
du Tarot, mais je l'ai déjà survolé , car selon moi
il n'est pas si intéressant que cela, je préfère Hergé
pour Hergé, et le Tarot pour le Tarot !!
Cela dit, l'approche entre les deux n'est pas mal Wink

Oui...à bientôt pour la suite ..merci Kut !! study
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kouen

avatar

Féminin Poissons Singe
Messages : 150
Date de naissance : 20/03/1968
Date d'inscription : 31/08/2012
Age : 49
Localisation : Paris
Humeur : comme la Lune !

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Mar 16 Oct - 12:03

Pour information je me suis procurée
3 albums de Thorgal, je les ai choisi
au 'pif', selon mon inspiration et leur
titre : l'Enfant des Étoiles, La Bataille
d'Asgard et la Gardienne des Clés Wink

Voilà, maintenant je vais vivre 3 belles
aventures I love you

Retour garanti study


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kutnahorum
Admin
avatar

Masculin Scorpion Chien
Messages : 526
Date de naissance : 17/11/1970
Date d'inscription : 05/05/2012
Age : 46
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   Mar 16 Oct - 16:16

Bonne initiative, tu vas te régaler !

Par contre la bataille d'Asgard est un des derniers épisodes, même pas écrit par l'auteur du début (après près de 30 ans de bons et loyaux services, il passe un peu la main), un des moins bons de la série.

Les deux autres sont plus représentatifs dans le sens où ils sont très bons, mais en même temps pas tant représentatifs que ça, dans le sens où ce sont des épisodes hors de la série, qui parlent de l'enfance du héros pu de personnages secondaires. Mais ça se boit comme de la petite bière.

Pourquoi tu n'as pas commencé par le début, tout simplement ?
Enfin en même temps je te comprends, quand j'ai commencé à lire la série, dans mon adolescence, je choisissais aussi non pas dans l'ordre mais en fonction de la pochette qui m'attirait le plus.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles   

Revenir en haut Aller en bas
 
La saga de Thorgal, le héros nordique venu des étoiles
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 4Aller à la page : 1, 2, 3, 4  Suivant
 Sujets similaires
-
» Ouverture de la Zone Nordique du Haut Forez Col de la Loge
» Article: "Les exoterres sont probablement des Arrakis, comme dans la saga Dune"
» Site la Saga du Big BANG du CNRS
» La saga LES ENFANTS DE LA TERRE de Jean Marie AUEL
» Eden-616-Saga

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'Arbre Sacré :: LES BRANCHES :: Culture et divertissement (littérature, musique, cinéma, peinture, photographie, etc.)-
Sauter vers: